ABND : Chapitre quatrième

-Tu sais pourquoi le monsieur a été tué, Conan-sama ?
-Yuuko ! la réprimande Kazuah.
-Oui, répond-il à la gamine amusé. Tu veux savoir pourquoi ?

-Non, lui interdit sa mère. Ce n’est qu’une enfant, ne commence pas comme Heiji à l’intéresser aux affaires criminelles. Elle est trop jeune. Déjà qu’il voulait l’appeler Ellery pour son prénom.

-Ben quoi ? C’est un écrivain policier célèbre.
-Heiji, c’est le prénom d’un garçon.
-Idiot.
-C’est toi l’idiote.
-Non c’est toi.

La plupart des invités gloussent devant les concubins.

-On dirait déjà un vieux couple d’octogénaires alors qu’ils ne sont même pas mariés.

-Je te signale que c’est le cas de tout le monde ici qui est en couple.

-Enfin, sauf Conan et Ran, taquine gentiment Eri pour ne pas entendre son alcoolique de mari susurrer à son verre des mots doux.

-Tu devrais tenter ta chance, Conan, le tacle Haibara.

-Bien joué, maugrée le concerné.

Le détective se lève brusquement et quitte alors la table en silence. Il claque la porte et un silence de gêne s’installe. Pour la plupart, sa réaction est incomprise. Les yeux se regardent, espérant que quelqu’un dise quelque chose, n’importe quoi pour relancer l’ambiance. Rien ne sort. La scientifique jette un regard aux parents de son partenaire demandant en silence si elle est allée trop loin cette fois-ci dans ses piques. Ces derniers se trouvent comme tous les invités malgré leur proximité au détective, hésitants de faire le premier geste ou son. C’est alors que la première réaction au départ brusque de Conan se fait par Ran.

-Je vais aller lui parler.

Elle quitte alors la table mais ne claque pas la porte derrière elle. Une fois dans le couloir, elle se demande où peut être Conan-kun et pourquoi il a réagi ainsi avec autant de…virulence. La jeune femme se demande où il peut bien être au début puis cherche dans les différentes pièces avant de le trouver, bien entendu dans la bibliothèque. Cette grande pièce est recouverte de romans policiers dont ceux de Conan Doyle, d’Edogawa Ranpo et de Yusaku Kudo alors évidemment, elle se trouve bête de ne pas être allée en premier lieu ici. Après tout, c’est dans cette pièce qu’elle a rencontré Conan pour la première fois. L’homme en question se trouve dos face à tout, devant la fenêtre à regarder son reflet. La voix de la jeune femme est douce et mélodieuse quand celle du grand détective est tremblante.

-Conan-kun, tout va bien ? Tu nous as surpris en partant de table. Est-ce qu’il y a quelque chose qui s’est passée aux Etats-Unis que tu me caches ? Un secret qui te pèse ?

-Il y en a toujours eu un… envers toi.

-Tu sais que tu peux tout me dire.

En entendant cela, de sa bouche, il laisse éclater tout ce qu’il a accumulé depuis des années.

-Justement non ! Je ne pouvais rien te dire. J’étais à tes côtés tous les jours pendant près d’un an et il ne se passait pas un seul instant pendant ce temps où je ne désirais qu’une seule chose, te le dire.

Le détective se tait un moment pour calmer sa voix chancelante.

-Conan-kun, je dois t’avouer quelque chose aussi…

-J’ai gardé le silence à tes côtés pour des milliers de raisons. Ça me dévorait de l’intérieur au point que pour ne pas sombrer dans la dépression, je suis parti. Pendant des années, je n’ai consacré ma vie qu’aux affaires et aux mystères.

-Conan-kun, il faut que je te dise que je crois moi aussi…

-Et je ne compte pas le nombre incalculable de fois où je voulais décrocher le téléphone et entendre ta voix, prendre un stylo et avoir de tes nouvelles ou encore quand je me réveillais la nuit parce qu’il m’était douloureux de rêver de toi.

-Conan-kun, mon cœur t’es…

La voix de l’homme taciturne devient alors emplie d’émotions.

-Je m’étais forgé une carapace impénétrable. J’étais devenu une machine de logique froide et insensible comme Holmes. Et quand tu… à la célébration… Cette carapace a disparue en un regard…

-Conan-kun, je t’…

-Il n’y a toujours qu’une seule vérité. Ran, je t’…

Alors qu’il se retire ses lunettes et se tourne, son visage fait face à celui de Ran à moins de trente centimètres. Elle aussi, son regard est humide et ses lèvres vacillantes. Quand elle passe ses mains autour du cou de l’homme en face d’elle, et qu’il pose les siennes dans ses cheveux, leur déclaration muette se concrétise par leurs lèvres scellées. Conan Edogawa la regarde avec des yeux légers et s’apprête à lu dire ces trois mots. Mais elle sourit en posant son index sur ses lèvres. Puis elle rapproche sa tête des lèvres de l’homme qu’elle aime. Le baiser timide et tendre se fait fougueux et enflammé et les mains délicatement posées sur le cou de la brunette et les cheveux de son soupirant étreignent avec passion les corps des tourtereaux. Puis, comblés du baiser, le détective et la karatéka se regardent avec tendresse.

-Ran, est-ce que tu es libre demain ?

-J’enseigne toute la matinée, Conan-k… Conan. Demain après-midi, par contre, je suis libre. Sauf si tu comptes partir tout de suite pour les Etats-Unis, plaisante-t-elle avec un petit sourire béat.

Il répond par un sourire en remettant ses lunettes puis, enfin libéré de ses émotions, il se souvient de sa réaction au diner.

-Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?

-Pour justifier ton départ précipité du diner ou le fait qu’on y retournera ensemble, a-na-ta ?

-Je peux donner la réponse aux deux interrogations, répond Eri qui se révèle de l’entrebâillement de la porte.

Les tourtereaux cessent alors leur enlacement. Conscients que la mère de Ran a été témoin de la scène entière, ni l’un ni l’autre ne dit quoi que ce soit et le portable du détective sonne. La sonnerie Kimi Ga Areba résonne dans la bibliothèque et il décroche en prétextant « Le travail. » puis s’éloigne de quelques mètres. Ran se voit prise en aparté par sa vieille mère.

-Ran, ne commets pas deux fois la même erreur.

- Okāsan, nous sommes des adultes. Ce n’est pas comme si… Comment cela « deux fois » ?

-Tu as attendue Shinichi-kun, un détective absorbé par les mystères, pendant des années. Conan-kun est un homme gentil mais il est comme Shinichi-kun. Dès qu’une affaire se présentera aux Etats-Unis, là où il a son travail, il partira et tu te retrouveras seule. Je n’ai pas envie que tu souffres à nouveau.

Le concerné répond alors à son interlocuteur américain après avoir réfléchi une dizaine de secondes.

- I’m afraid that I will decline the case. You just have to give it to detective Beresford because I might not come back from my trip. No, I’m going to live eventually. Good bye, sir.

L’entendre refuser une affaire, dire qu’il compte ne pas rentrer et enfin vivre, emplit la célibataire d’espoir. Eri Kisaki se décide à laisser sa chance à Conan Edogawa, pour le bonheur de sa fille, mais elle compte bien tout de même de temps en temps garder un œil sur lui. Il raccroche une minute après s’être mis en congé indéterminé puis rejoint l’avocate et Ran.

-Désolé, je devais répondre. Alors, à quoi pensiez-vous comme excuse, Eri-sama ?

L’avocate lève un sourcil d’amusement.

-La meilleure chose à faire est encore de dire la vérité, Conan-kun. Tu es le mieux placé pour connaitre le poids des mensonges.

Un échange de regards craintif du couple fait croiser les bras à l’avocate.

-Vous craignez d’être charriés sur votre différence d’âge, n’est-ce pas ? Honnêtement, je ne sais pas quel est le mode de vie aux Etats-Unis mais toi, Conan-kun, tu fais plus âgé que tu ne l’es et toi, Ran, c’est totalement l’inverse. Tu fais cinq ans de moins physiquement.

Le détective se couvre le visage avec sa main un court instant d’embarras. Ran n’en comprend pas la raison et il donne sa déduction.

-Tout le monde est dissimulé derrière la porte à écouter.


Ran rougit instantanément quand sa mère se tourne vers la porte et que la déduction se révèle judicieuse. Il rougit de même quand tous leurs amis sortent leurs têtes par l’entrebâillement de la porte. Diverses réactions naissent de leur déclaration amoureuse comme l’étonnement pour Sonoko du choix de Ran d’aimer Conan, l’engouement de Kazuah pour le côté adorable de leur relation, les félicitations des Détectives Lycéens qui ne pourront plus porter ce titre obsolète, la fierté pour Yusaku, et pour Yukiko une tête de lycéenne en fleur complètement gaga devant la scène. Agase se sent tout ému pendant qu’Haibara leur adresse un sourire de complicité et que Kogoro en perd la mâchoire quand Heiji taquine le détective sur le temps qu’il a mis à se déclarer… Aucune objection à cette relation ne se fait entendre et la fête reprend de sa pleine frénésie jusqu’au bout de la nuit, hormis Kogoro qui se plaint encore de raideurs dans la nuque sans savoir pourquoi il en a.

Le Parc Beika est ensoleillé, les petits oiseaux chantent, la pelouse est verte. Conan a l’impression d’attendre dans une scène de drama romantique pour lycéennes. Il est quatorze heures et il n’a jamais été aussi nerveux de toute sa vie. Pour l’occasion, il porte un complet bleu, une chemise blanche et a laissé ses lunettes dans la poche intérieure de la veste. Il regarde pour la troisième fois sa montre en deux minutes et se demande comment Ran sera habillée. S’il a bien compris la mode japonaise actuelle pour les femmes la veille à cause de la discussion d’Haibara, Sonoko et Ayumi, la mode est aux mini-jupes et chemisiers avec un gilet. Il regarde encore sa montre quand une paire de longs bras l’attrape par derrière et pose sa tête sur son épaule. Une petite bise sur la joue et il se retourne. Ran Mouri, cette femme svelte, fine et élancée porte une longue robe blanche au bras dénudés. Le détective habitué à toujours avoir le dernier mot en perd la voix. Il a l’impression d’avoir rendez-vous avec un ange.

-Tu l’as dit à haute voix, rigole-t-elle.

-Ah…

Ran sort de sa poche un petit objet et le passe alors autour du cou de Conan-kun. Ses yeux grandissent en le reconnaissant.

-J’ai retrouvé ton vieux nœud-papillon en rangeant chez le professeur Agase il y a quelques temps. Il te va toujours aussi bien.

-Les branches sont élastiques, c’est pour cela. Tu… as envie de faire quelque chose en particulier ?

-Pas vraiment, j’ai juste envie de passer du temps avec toi. On n’a qu’à suivre nos envies et se laisser guider par le moment présent.

Il n’aurait dit mieux à la proposition de celle qui a toujours ravie son cœur. Il passe son bras autour de ses hanches ; elle pose sa tête sur son épaule et ils entament alors une promenade dans le parc. Rien ne vient perturber la petite marche à laquelle la jeune femme se délecte du paysage et de la présence de son bien-aimé. Le sentier, entouré de buissons taillés, laisse échapper le gazouillis du printemps et une petite brise vient soulever la robe de Ran jusqu’aux genoux. Conan ne peut s’empêcher un petit regard vif sur le moment. Quand elle se tourne vers lui, il détourne la tête en pensant qu’il va se faire réprimander comme il l’a été par deux fois dans le passé. Mais au contraire, elle lui lance un « Baka. » affectueux avec un petit sourire amusé et s’assoit sur le banc libre. Il l’imite et remarque, avec son tic de détective de voir les petits détails, que sa petite amie ferme les yeux en se blottissant contre lui complètement sur un petit nuage. Ran Mouri apprécie la sensation des rayons du soleil sur sa peau puis débute une discussion sur un domaine qu’elle sait qui ravit toujours son homme.

-Tu as découvert qui était le tueur du quatuor ?

Le célèbre détective sourit de sa remarque, et de son geste, et l’embrasse. Conan sent qu’il devient accro à ses délicats baisers.


-Bien entendu, pour qui me prends-tu ? la taquine-t-il. En réalité, l’astuce est extrêmement simple et je l’ai donnée au commissaire Megure hier soir en passant au commissariat.

-Allez, ne me fais pas languir. C’est le vieil homme qui a tué le proviseur ?

-Non, ce n’est pas le père de la fille renversée.

-Alors, c’est l’étudiant ?

-Pourquoi donc ?

-Donc, c’est bien l’étudiant.

Le fils de l’écrivain du Baron de Minuit sourit de s’être fait avoir comme un bleu.

-L’astuce, c’est qu’il n’y avait aucune anarchie dans l’échange des armes entre eux. Tout était en fait extrêmement bien planifié et c’était leur unique erreur. S’ils n’avaient pas joué sur l’aspect théâtral, je ne sais pas si j’aurais fait un tableau pour démasquer le tueur.

-Je ne saisis pas tout de ton explication…

-Les armes ont simplement fait un tour entier avant de revenir entre les mains de leurs propriétaires du début. Comme aucun policier n’a rangé les armes en fonction du suspect devant lesquelles elles étaient posées devant la scène, l’étudiant s’en serait sorti au tribunal mais heureusement, tout a été filmé par un spectateur.

-Comment tu as su que c’était l’étudiant si les armes ont été mélangées par la police. Tu peux juste savoir que les armes du début se sont retrouvées au même endroit lors du tir.

-Les quatre personnes étaient les père, mère, sœur et petit ami de la victime du délit de fuite.

-Et ?

-C’est la réponse, sourit-il.

-Allez, dis-le-moi.

Pour toute réponse, le détective ferme à son tour les yeux pour profiter du moment, avec Ran sous son bras. Oui, il compte bien vivre dorénavant. Le temps passé avec un être aimé s’écoule sans qu’on le voie. Aussi, quand le soleil commence à se coucher, le récent couple n’a pas l’impression que quatre heures se sont passées mais au contraire une petite heure. Au vu de l’heure, les soupirants se demandent où se rendre jusqu’au moment du diner et le détective lui répond avec un grand sourire malicieux « La bibliothèque de mon père. » Cette idée surprend la trentenaire mais après tout, elle a choisie de passer l’après-midi sur un banc et le connaissant, elle se doute qu’il a envie de lui faire partager sa passion : les mystères. Bras dessus-dessous, Ran et Conan se rendent chez les Kudo et une fois dans la bibliothèque, Conan se saisit du dernier manga de Gosho Aoyama et s’assoit sur le nouveau canapé. Quant à Ran, elle hésite un moment avant de prendre l’anthologie d’Edogawa Ranpo et celle de Conan Doyle derrière le bureau, là où elle avait rencontré son Conan pour la première fois. Elle s’assoit sur le canapé avec ses deux pavés à terre, ce qui fait plaisanter le détective.

-Tu sais que tu ne réussiras jamais à tout lire avant de diner, Ran ?

Sa tendre et chère le fait alors basculer et s’allonger sur la canapé, sa tête de Sherlock Holmes moderne sur ses genoux. Elle passe sa main dans les cheveux de Conan pendant toute le temps de sa lecture. Son regard heureux témoigne de l’attente méritée puis le détective entend la sonnerie de son portable. Comme un ressort déclenché par le réveil, le détective saute hors du canapé, surprend Ran qui était dans un petit nuage, et lui demande de ne pas sortir de la bibliothèque jusqu’à son retour en la quittant. Une fois sa silhouette bleue hors de vue quand il tourne dans le couloir, les yeux de la karatéka s’emplissent de peine et désillusion. A chaque fois les rares fois où Shinichi était là dans son adolescence, il partait en courant et lui disait de l’attendre et à chaque fois il ne revenait pas. Et voilà que Conan en fait de même et elle se retrouve seule, encore et toujours. Ran sent la solitude monter de sa gorge, ses lèvres trembler de déception et ses yeux s’emplir de tristesse. Elle hoquète en proie à ses émotions quand elle sent une odeur de brulé.

Elle accourt, se dirigeant à l’odeur qui se fait plus forte à chaque pas de plus. Ran fait face à une porte fermée à clef d’où suinte une fumée noire. Elle explose la porte par un coup de pied et découvre la vérité.