Ai Edogawa Chapitre 2 : Les Stratégies d'Ai Haibara

Ai Edogawa - Chapitre 2

Ayumi était choquée jusqu'à la moelle tandis qu'elle fit tomber son téléphone dans le socle, sa bouche s'ouvrant et se fermant à répétition. Qu'est-ce... qu'est-ce qu'elle venait d'entendre ? Elle secouait la tête légèrement.
Elle ne pouvait pas être si stupide et irrationnelle. Conan l'aimait. Il l'aimait, pas vrai ? Elle mordilla sa lèvre inférieure en regardant la grande photo d'elle et des Detective Boys, puis fronça les sourcils.

Il était vrai qu'Haibara était plus proche de Conan que de beaucoup de gens, mais c'était parce qu'elle avait baissé sa garde avec elle, parce qu'elle était son amie. Elle était son amie, hein ? Elle jeta un regard noir à l'horloge. Il était vingt et une heures.
 Il lui restait trente minutes avant d'être contrainte à aller au lit. Elle avait à peine le temps de prendre un court bain, lire un peu de son livre préféré, puis d'aller au lit. Elle soupira. Au moins, il y avait école le lendemain. Elle était sûre qu'elle aurait droit à une explication logique pour ce qu'il venait de se passer. Peut-être que c'était un poisson d'avril...
 Elle embrassa la photo de Conan, et se prépara à aller à la douche.
Malheureusement pour elle, les poissons d'avril ne se faisaient pas en décembre.


/// Ai Edogawa ///


Conan bâilla et se leva. « Bon », dit-il, « je retourne chez Ran avant qu'elle ne s'inquiète. »
« Non. », dit Haibara fermement. Tellement fermement qu'il se retourna, surprise.
« Quoi ? »
« Nous devons aller à l'école ensemble demain. Sinon, Ayumi ne sera pas totalement touchée. Il est probable qu'elle nous attende demain devant la maison du professeur, afin de voir si je vais à l'école, ou pas, avec toi. C'est le comportement qu'elle adoptera sûrement. »

Conan fut pris de recul. Elle savait de quoi elle parlait.

« Tu es sûre que tu n'as pas une volonté inavouée ? », demanda-t-il avec un sourire arrogant sur le visage.
Elle fut surprise pendant quelques instants, avant d'arborer un sourire un peu honteux, et de s'approcher de lui. Conan haussa un sourcil, et écarquilla ses yeux tandis qu'il commença à sentir la respiration d'Haibara sur son visage, seul leur nez les séparant.
« Pourquoi penses-tu que j'ai accepté de faire semblant d'être ta petite-amie... ? », murmura-t-elle, sa main glissant sur sa cuisse.
Il haletait, et le professeur ouvrit sa bouche, choqué.
 « Si ça ne te dérange pas », elle continua, sa lèvre sortant de sa bouche pour lécher ses lèvres, « je veux bien partager mon lit avec toi. »

« Je... euuh... », bégaya-t-il.

Elle s'éloigna de lui en souriant.
« Je blague », dit-elle en arrangeant sa jupe.
Le professeur rit de plus belle tandis que le visage de Conan passa de la gêne à la colère. « Haibara.... ! », il grogna. Elle se retourna en souriant. « Oui, Kudô ? »
Il sentit toute sa colère s'évaporer, et il soupira.

« Rien. Professeur, pouvez-vous me prêter votre téléphone fixe ? »
« Bien sûr, Casanova », répondit-il, amusé de la situation.

Haibara sourit tandis qu'elle regarda Conan s'éloigner.
'Tu penses que j'ai montré tous mes stratagèmes, Kudô-kun ? Ça ne fait que commencer.'


/// Ai Edogawa ///


Conan se réveilla le lendemain, et son dos lui faisait mal.
Il s'assit droit sur son lit, et regarda l'horloge à son côté. Il était six heures du matin. Il avait encore deux heures à tuer, mais il sortit de son lit, et regarda les gens qui dormaient dans la pièce. Le professeur lui avait prêté un matelas, et il ne dormait pas loin d'Haibara.
Il sourit doucement en regardant son visage endormi.

L'idée qu'une enfant si mignonne pouvait être une si grande stratège qu'il n'ait jamais connu lui faisait peur. Mais il se dit que c'était une des choses qui la rendaient adorable. Il commença à s'habiller dans le noir, et réussit, non sans difficulté. Sa façon de s'habiller avait totalement été chamboulée, plus du nœud-papillon ridicule et de costard, et heureusement, car il y avait beaucoup de caïds à l'école.
Il entendit derrière lui le bruit de quelqu'un en train de bouger, et il mit ses lunettes sur son nez. Il devait les porter tout le temps, à cause de la ressemblance frappante entre lui et son ancien alter-ego ; il avait peur que quelqu'un ne le remarque. Peut-être Haibara avait-elle raison. Peut-être devait-il vraiment emménager chez le professeur.

« Kudô ? », demanda Haibara en se massant les yeux.
« Ouais ? »
Elle ne dit rien de plus, mais se leva, et donna un coup de pieds dans sa couverture. « Que fais-tu, si tôt le matin ? », demanda-t-elle en bâillant. « On doit te jeter des pieds à la figure pour que tu te réveilles, généralement. »
« Pas tout le temps ! », dit-il pour se défendre.

Elle sourit.
« Que penses-tu faire aujourd'hui ? », l'interrogea-t-il prudemment. « Je ne veux pas que ça aille trop loin. Elle est encore une fille, et plus jeune que nous, donc je ne veux pas que tu le prennes vraiment au sérieux ou quoi que ce soit du genre. »

« Ohh, c'est trop gentil. »
Il rougit.
« Mais décompresse », dit-elle en haussant des épaules. « Je pensais la même chose. Je n'ai pas encore effleuré la surface de la possibilité de lui faire du mal, mais je ne pense pas qu'elle ira de main morte avec moi. Je suis contente que tu m'aies demandé à moi, et pas à une autre fille, parce qu'elle va t'en vouloir. Beaucoup. »

Il acquiesça.

« Mais l'équipe d'Ayumi est assez forte, je dois l'admettre. Si j'avais son âge, je ne sais pas si je pourrais m'en sortir. Je pense que nous allons avoir besoin de l'aide de certains de tes amis. Elle a, en gros, deux garçons et deux filles, prêts à faire mal et foncer dans le tas. Mais ils sont humains, et ont donc leurs forces et leurs faiblesses. Nous devons exploiter leurs faiblesses, et essayer de les éviter s'ils attaquent ensemble. S'ils font une attaque groupée, je ne suis pas certain de pouvoir les avoir, et il faudra que tu m'aides. »

Il hocha de la tête.

« Il y a Ayumi, Genta, Mitsuhiko, et cette fille appelée Sumiko », dit-elle sérieusement, en les comptant sur ses doigts. « Ayumi est probablement la plus dure à cuire, parce qu'elle a l'esprit d'un stratège. Pas le même type de stratégie que moi, mais elle est connue pour faire des coups bas à ses ennemis dans leur dos, ce qui signifie que je dois faire attention à moi tout le temps. Mais tu es sa faiblesse, et j'ai déjà une idée derrière la tête. Ensuite, Genta. Il est fort, c'est certain, mais il est stupide, donc une simple diversion pourrait fonctionner à merveille. Mitshuhiko est intelligent, ce qui pourrait nous poser problème, mais tout se passe dans sa tête, et il ne dit pas ce qu'il pense. Il va plutôt accepter et s'éxecuter aux ordres d'Ayumi, et ne sera donc pas vraiment un problème. Sumiko est facile, et la mettre hors-jeu sera facile. Des questions ? »

« Oui », dit-il, mal à l'aise. « Comment penses-tu que ça va se finir ? »
« On ne dirait pas comme ça, mais Ayumi a très peu de volonté. Nous n'aurons qu'à sortir ensemble pendant deux semaines, et elle ne t'embêtera plus. »

Il acquiesça.
« Ça m'a l'air bon. »

Ils s'habillèrent, et se préparent à aller à l'école.

/// Ai Edogawa ///


Bien évidemment, ils purent distinguer une petite ombre cachée derrière un pilier en dehors de la maison, et Conan ne put que laisser un sourire s'échapper de sa bouche. Haibara était forte. Très forte.
Elle avait soudainement et complètement changé de personnalité, et lui tenait la main, en tentant de ne pas croiser son regard. Elle rougissait profusément.
 Conan la regarda, surprise. Elle le regarda en retour. Et lui fit un clin d'oeil.

Ils marchèrent ensemble, et Haibara posa sa tête sur son cou tandis qu'il fit passer sa main sur l'épaule d'Haibara. Ayumi mordit sa lèvre, l'énervement la gagnant. 'D'accord, Haibara', se dit-elle en sortant son téléphone de sa poche, 'tu veux te battre ? Je suis prête.'


/// Ai Edogawa ///


Il pleuvait ce jour-là, et Conan et Haibara, comme à leur habitude, étaient assis à côté. Ils virent Ayumi entrer dans la salle de classe quelques secondes après s'être assis à leur place, et la classe attendait avec impatience ce qu'Ayumi allait leur dire.

« Bonne journée Ai, Conan ? », dit Ayumi, tandis que les élèves de la classe se détendirent. Ayumi s'assit près d'eux, un sourire sur le visage. Seule Haibara réussissait à voir à travers son jeu. Elle fronça les sourcils. Quelque chose clochait dans son comportement. Elle avait déjà commencé à réfléchir à un plan.
Elle se retourna, et observa les regards de Genta, Mitsuhiko et Sumiko.
Ils leur sourirent.
Elle leur sourit.
Et ainsi le grand jeu commença.

C'était d'expérience qu'Haibara avait appris que les garçons agissaient par la force, et que s'ils n'étaient pas contents de ce que tu avais fait, ils viendraient te voir pendant la pause et te dire « Je ne suis pas content de ce que tu m'as fait ». Mais les filles, elles, travaillaient en secret, pour vous atteindre dans votre dos. Ayumi n'était pas si stupide, après tout. Si elle avait agi en personne énervée et pas contente, Haibara aurait naturellement soupçonné Ayumi d'être en train de créer un plan d'attaque. Alors que dans la situation présente, avec son visage heureux et joyeux, personne ne pouvait s'en douter, Haibara mise à part. Et un bon plan, qui plus est.
 Elle sortit son emploi du temps, ignorant au passage Ayumi qui essayait de lui parler. Elle mit sa main sur celle de Conan, et l'autre sur sa cuisse. Elle regarda les cours qu'ils allaient avoir, et elle haussa des sourcils. Il y allait ensuite y avoir Sciences, puis deux heures d'Education Physique, puis Maths, puis deux heures d'Anglais. Elle réfléchit lentement mais sûrement. Elle ne pensait pas faire quoi que ce soit à Ayumi pour la journée, à part si elle tentait de lui faire du mal, et restera sur sa défense en attendant.
Pendant l'heure de Sciences, Ayumi ne pouvait rien faire. N'ayant encore que douze ans, ils ne manipulaient jamais de dangereux produits chimiques comme des acides, aussi dilués soient-ils, ni des tubes à essai cassés et des tripodes, ou quoi que ce soit de dangereux que l'on puisse trouver dans un laboratoire. A vrai dire, il n'y avait rien d'autre à faire que de rester dans la salle de classe et lire ou travailler, donc elle ne risquait rien pendant cette heure-là.
Ensuite, l'heure de sport, et elle savait qu'elle allait devoir être très concentrée pendant ce cours pour ne pas être « accidentellement » frappée par une batte de baseball. Mais les garçons étaient séparés des filles, donc elle ne pourrait pas être frappée très durement. Qui plus est, la plupart des filles étaient de son côté, grâce à son intelligence et son côté cool, donc aucune ne serait d'accord si Ayumi ou Sumiko la frappaient. Elle n'avait donc pas de problème de côté-là. Et ces deux filles étaient faibles.
Il y avait ensuite Maths, et Ayumi ne pouvait rien faire non plus, parce que le professeur était très sévère.
Et les deux dernières heures de la journée, l'Anglais. Une fois de plus, Ayumi ne pouvait rien faire de plus, étant donné qu'ils avaient cours de théâtre. Ce n'était rien de plus que de jouer la comédie en face de la classe, et elle ne pouvait pas lui donner une claque en fasse de tout le monde sans être réprimandée.

Elle sourit, et remit son emploi du temps dans son sac, et ferma sa fermeture éclair. Tant qu'Ayumi ne faisait rien ou n'agissait pas de façon stupide envers Conan, elle ne pensait pas qu'elle aurait à être bien inquiétée.

« Ai-chan. », Ayumi répéta, et elle regarda devant elle.
« Oui ? », Haibara dit-elle.
 Il y avait de l'appréhension dans les yeux d'Ayumi, ils la trahissaient, mais elle ne savait pas si elle devait le dire ou pas. Haibara la regarda se battre intérieurement, amusée. Allait-elle le faire ?, se demanda-t-elle. Elle se sentait naturellement méchante aujourd'hui, elle s'admit à elle-même. Si Ayumi lui avait fait ça il y a quelques semaines, elle lui aurait donné un petit coup sur l'épaule et lui aurait dit de se relaxer, que tout ce baratin de petite-amie n'était qu'une blague, et qu'elle était sûre qu'eux trois ainsi que Mitsuhiko pourrait en rire de bon cœur.

Mais ce qu'elle avait fait à Conan était d'une obsession absolue, et elle était sûre qu'elle avait vue une caméra-espion dans sa salle de bain une fois qu'elle était allée chez lui. Elle était un enfant après tout, et tant qu'elle ne faisait rien pour l'embêter elle, ou Conan, d'une façon profondément cruelle, elle ne lui ferai rien. Elle était tout de même humaine, après tout.

« Rien », dit Ayumi en regardant ailleurs.
Haibara sourit tristement.
'Désolée', se dit-elle doucement, 'mais ce qui doit être fait doit être fait'.
Ayumi regarda son équipe du coin de l'oeil. Elle leur fit un signe de sa main. Elle sourit.


/// Ai Edogawa ///


Comme Haibara l'avait prédit, Ayumi ne lui fit rien pendant la Chimie, à part lui demander ce qu'elle pensait de la leçon. Haibara avait répondu qu'elle aurait encore préféré travers un désert en chevauchant un chameau gay, elles avaient ri, le professeur les avaient mises debout au fond de la salle.
 Haibara était impressionnée par Ayumi, tant son jeu d'actrice était superbe. Elle aurait presque pu oublier qu'Ayumi complotait pour avoir sa vengeance, et elle se mit à penser que les gens qui se mettaient en travers du chemin d'Ayumi devaient vraiment souffrir.
Avant même qu'ils ne s'en rendent compte, c'était l'heure de l'Education Physique. Ayumi ne s'était pas changée à côté d'Haibara dans les vestiaires, c'était la première fois. Haibara haussa un sourcil, mais ne dit rien, sachant parfaitement ce qu'elle préparait. A l'autre bout des vestiaires, Ayumi et Sumiko discutaient.

« Bon », dit Ayumi, « Haibara est très populaire auprès des garçons du collège, mais aussi avec les filles. Après avoir questionné un bon nombre de personnes, j'ai compris ce que les gens aimaient chez elle. »
Sumiko hocha de la tête.
« Tout d'abord, ils aiment son intelligence. Et ça, on ne peut rien y faire de façon directe. Nous pourrons essayer de changer nos résultats des examens quand les professeurs sortiront de la salle des professeurs, mais même si l'on change mes notes de 3 en 8, les professeurs découvriront la supercherie. Et les professeurs savent qu'elle a toujours les 100 points du contrôle à tous les contrôles, donc ils iraient lui parler si elle perdait ne serait-ce qu'un point. Même si Genta, Mitsuhiko ou toi aviez la même écriture, ça ne changerait rien au problème non plus. »

« Pourquoi ? », demanda Sumiko bêtement.
« Parce qu'elle met les notes sur Internet », répondit Ayumi en soupirant. « Comme tous les autres professeurs ».
« Oh. » dit Sumiko.

« Ensuite, c'est qu'elle est très belle. Je pense que je vais mettre une poudre ou quelque chose dans son assiette pour qu'elle tombe malade. Tu devras créer une diversion pendant que je mettrai de la poudre dans son repas. Vu le temps que nous avons passé ensemble, je sais qu'elle est très forte dans tout ce qui est réactions chimiques, donc elle trouvera malheureusement une parade si elle commence à avoir des rougeurs, ou quelque chose d'autre dans le genre. La meilleure solution est donc la poudre éternuante. »

« D'accord », dit Sumiko.

« Troisièmement, c'est qu'elle a une réputation d'intouchable », continua-t-elle. « Même si je fais passer des mauvaises rumeurs à son propos, personne n'y prêtera attention. Mais j'essaierai quand-même, juste pour voir ce que ça donne. »
« D'accord », répéta Sumiko.

« Mais elle a tout de même des faiblesses », continua Ayumi, « parce qu'elle est humaine. Une de ses premières faiblesses est qu'elle n'est pas bonne en sport. Mais elle reste meilleure que beaucoup d'autres, donc je vais rayer ça de la liste ».
Elle s'arrêta un moment.
« J'ai lu son journal intime, une fois », dit-elle en souriant. « Elle disait que sa sœur était morte, tuée par balle, à cause d'un truc appelé 'Organisation Noire'. Je pense que c'est du toc, mais on a la chance de jouer dans une pièce de théâtre ou quelque chose dans le genre, on rejouera une scène dans le genre, pour lui montrer que l'on est en guerre contre elle. »

« Bingo ! », dit Sumiko. « On a cours de théâtre anglais aujourd'hui. »
« Parfait », dit Ayumi avant de sortir du vestiaire. Mais avant, elle leva les sourcils vers Sumiko. « Tu ne sais dire que ''D'accord'' et ''Ouais'' ? »
« Ouais. »


/// Ai Edogawa ///


Le cours de sport s'acheva assez rapidement, et ce fut le moment d'aller à la cantine (moment suivi par une longue récréation avant le début des cours). Conan était passé aux vestiaires pour se changer, mais Haibara, voulant absolument être dans les premiers à passer à la cantine, était restée dans son uniforme d'Education Physique. Plusieurs garçons la regardaient en rougissant, puis fixaient leur gard sur le sol, en faisant semblant de ne pas l'avoir vue. Quand elle se retourna vers lui, Conan, qui voyait ses jambes nues, rougit, et essaya de se concentrer sur sa nourriture. Mais Haibara le vit.

« Je ne savais pas que tu étais un pervers, Kudô-kun », dit-elle d'une voix suave, en se penchant vers lui. Il recracha l'eau qui avait dans la bouche. « Se pourrait-il que je vienne de découvrir un de tes fétiches secrets ? ». Le visage de Conan tourna au rouge vif, et il réajusta sa position sur sa chaise. Elle but un peu d'eau et lâcha un « Je rigooole... »
« Haibara ! », dit Ayumi en s'approchant, toute sourire.

Haibara sourit à son tour.
« Jette un œil à ça ! », dit-elle, en plaçant une photo devant son visage, et en laissant tomber de la poudre à éternuer dans sa nourriture. Le mouvement avait été si bien fait, qu'aucun des deux faux-adolescents ne se rendit compte de rien. Haibara vit quelque chose derrière le sourire de la fille. Elle fronça les sourcils.

Elle regarda la photo qu'elle avait mise devant ses yeux depuis maintenant plusieurs bonnes secondes.
C'était elle, dans les vestiaires, vêtue de la tenue de sport des filles.
Haibara haussa un sourcil, et Conan rougit.

« Oui », dit-elle, « c'est une photo de moi. Eh bien ? »
« Oh, ce n'est rien », dit Ayumi, en mettant la photo dans sa poche. « C'est juste que beaucoup de garçons du collège seraient heureux d'avoir, dans leur poche, une photo de toi en culotte et en t-shirt moulant. »
Conan commençait à imaginer Shiho habillée comme ça, mais évacua immédiatement l'idée de sa tête.
Haibara fronça les sourcils au sourire trompeur d'Ayumi. 'Elle était sérieuse', pensa-t-elle, 'elle peut le faire'.

« Si tu veux », dit-elle, confiante, en croisant les jambes. Ayumi fit un pas de recul. « Mais je pense que les garçons paieront beaucoup plus pour une photo de toi dans... un habit de bain. »

Elles se regardèrent.

Ayumi savait que plus de la moitié des garçons paieraient deux fois plus cher pour avoir une photo d'elle totalement nue. Mais elle garda la même expression faciale.

« Merci », dit-elle, et elle partit.
Haibara sourit doucement.
« C'est mal, de vouloir tout garder pour soi... », murmura-t-elle, sa nourriture redevenant sa préoccupation principale.
Conan fronça ses sourcils.
« Haibara, tu penses qu'elle avait une autre raison de vouloir te montrer cette photo ? », il demanda, avec précaution.
« Oui », dit-elle, en fermant les yeux de douleur. Elle cessa de manger, et recracha le riz qu'elle avait dans la bouche, tentant de nettoyer sa gorge avec de l'eau. Elle plaça sa main au dessus du riz, et sentit les grains de la poudre à éternuer. « Je baisse ma garde une seconde, et voilà ce qui arrive. »
« Qu'y a-t-il ? »

Haibara renifla le riz.

« Poudre à éternuer », dit-elle. « Ses effets commencent à être visibles après dix minutes. J'imagine qu'il va falloir que j'investisse dans des mouchoirs. »
Conan soupira. « Je suis désolé, Haibara. »
Elle lui sourit, sincèrement. « Ce n'est pas grave... on fait, pour un ami ! »
Il sentit son visage devenir chaud.
« Et en plus, j'ai droit à une robe gratuite », rajouta-t-elle en souriant.

La rougeur du visage de Conan s'élougna comme une boule de bowling tombée dans le Grand Canyon.

/// Ai Edogawa ///


Comme prévu par Ayumi, Haibara éternuait à n'en plus pouvoir, et un grand nombre de garçons et de filles lui proposèrent leur mouchoir, des regards inquiets sur leur visage. Ce n'est que là que Conan comprit à quel point Haibara était aimée au collège. Une fille l'invita à sa maison pour qu'elle puisse manger de la soupe au poulet, un garçon lui donne son mouchoir tissé avec les coins faits en soi, et Conan aurait pu jurer qu'il avait vu ledit garçon garder son mouchoir et l'utiliser après Haibara.

Ayumi fut contente lorsqu'elle vit le nez d'Haibara, rempli de morve et rouge, mais elle était tout de même énervée du fait que tous ces gens se soient faits du soucis pour elle. Elle était aussi frustrée par le fait que sa haine pour elle se serait déjà évaporée en cours d'Anglais.
Haibara allait déjà mieux pendant le cours d'Anglais, et elle se mit en binôme avec Conan pour la petite scène qu'ils devaient jouer. Sans trop de surprise, ils virent Ayumi se mettre automatiquement avec Sumiko. Elle regarda Conan, incertaine, et celui-ci haussa les épaules. Haibara fronça les sourcils. Ayumi était sur le point de faire quelque chose.

Ils se mirent tous en groupe, et lorsqu'Ayumi et Sumiko se levèrent pour aller jouer la scène, elles furent acclamées et applaudies. A dire vrai, Ayumi était aussi assez populaire auprès des garçons de la classe : ils suivaient soit Haibara, soit Ayumi... soit les deux. Ayumi n'était donc pas si impopulaire du côté de la gente masculine, mais la plupart des cœurs étaient tournés vers Haibara.
 Lorsqu'elles commencèrent à jouer, Haibara resta assise tranquillement, et les regarda faire sembler de se tirer dessus avec des pistolets. Mais elle sentit un tremblement la traverser lorsque Sumiko tomba au sol en criant qu'il fallait s'enfuir de l'Organisation Noire. Non... Ayumi aurait-elle... ?

La scène continua, avec Ayumi qui pleura sur le corps de Sumiko. Les yeux d'Haibara se replirent de haine, des pleurs menaçant de tomber sur son visage.

« Haibara... », murmura Conan.
Haibara lança un regard noir à Ayumi. Celle-ci cacha un sourire derrière ses lèvres, tandis que les élèves applaudirent.
« Qui veut y aller ensuite ? », demanda le professeur.
« Co-chan et moi », dit Haibara en appuyant sur le surnom de Conan, et en renvoyant son sourire à Ayumi. Ayumi resta droite, même si ses yeux la trahissaient. Plusieurs murmures se firent entendre dans la pièce, mais rien d'autre ne fut dit. Les deux s'avancèrent sur la scène, et jouèrent une petite saynète entre une scientifique et un détective, qui plut aux élèves comme à la professeur, et les fit rire et sourire.
 Haibara cacha un sourire. Il était temps de le finir.

« Merci, Tantei-san », dit-elle, un sourire sur son visage, tandis qu'elle enroula ses bras autour du cou de Conan. Conan écarquilla les yeux, choqué. Ce n'était pas prévu dans le scénario. Allait-elle rajouter des scènes à cause de sa haine pour Ayumi ? Mais ils n'avaient pas pas du tout appris d'autres dialogues, alors qu'allait-il--

« Tout le plaisir est pour m... », dit-il, avant d'être coupé dans sa phrase par des douces lèvres qui se plaquèrent contre les siennes.