Ai Edogawa Chapitre 3 : Clic

Ai Edogawa - Chapitre 3

C'était comme si une bombe avait été lâchée.
 Conan se tint là, et les bras d'Haibara rapprocha ses lèvres des siennes. Il ne résista pas, mais il sentit une chaleur intense pénétrer son corps, il voulait plus, il voulait la toucher--

Haibara le repoussa, un petit sourire sur le visage. Il y eut quelques applaudissements dans la pièce, mais la plupart était trop choquée pour bouger. Certaines garçons, très jaloux, fixaient Conan des yeux, tandis que d'autres filles applaudissaient Haibara. La professeur regarda le couple sur scène et la classe, ne sachant pas vraiment quoi faire, et elle racla sa gorge pour avoir le silence.
Mais comme personne ne se préoccupait d'elle, elle dût racler sa gorge dix fois plus fortement, si fort que la femme de ménage qui était venue vider la poubelle la regarder hébêtée.

« Bien », dit la professeur, énervée. « Maintenant que tout le monde m'écoute, je peux vous dire que ce type de comportement pourrait être sanctionné... »
Ayumi n'écoutait pas. Sa bouche était encore ouverte de choc, et elle regardait Haibara. Haibara la remarqua et lui fit un petit sourire. Elle marcha vers sa table, se pencha entre sa chaise et celle d'une autre fille, et dit à Ayumi à son oreille : « Ne parle... plus jamais de ma sœur. »
 Elle releva sa tête, encore choquée, mais Haibara s'était déjà éloignée, acclamée par ses camarades de classe. Ayumi baissa la tête, la haine emplissant tout son corps. 'D'accord', se dit-elle, 'Faisons comme ça. Je te ferai détruire. J'étais celle qui devait avoir son premier baiser. Je ruinerai ta vie, Haibara. Je la ruinerai entièrement.'

Conan remarqua le visage d'Ayumi et fronça des sourcils.
« Haibara... », dit-il, peu sûr de lui-même.
« Oublie ça. », dit-elle, ignorant Ayumi. « Elle ira mieux demain. »

Conan la regarda s'assoir, puis entrouvrir un peu sa bouche, pour passer sa langue sur ses lèvres sèches. Il secoua la tête. C'était quoi, son problème ? Pourquoi cette obsession soudaine avec Haibara ? Il eut un léger tremblement, et se leva lorsque la professeur l'appela.

/// Ai Edogawa ///


Conan dormit encore chez le professeur cette nuit-là. Il commençait à apprécier l'odeur de sa chambre, qui, elle au moins, ne sentait pas la bière. Il aimait s'assoir sur le rebord d'une fenêtre de la maison, et sentir le vent caresser son visage. Il pourrait emmenager ici un jour ou l'autre, vraiment. Il était certain que ça ne dérangerait pas le professeur, maintenant qu'Haibara payait ses impôts et la nourriture grâce aux prix qu'elle gagnait sur internet. Et il était sûr qu'il pourrait réussir à décrocher un travail quelque part.

« Donc ? », demanda-t-il à Haibara, qui était assise à son ordinateur et tapait frénétiquement sur son clavier.
« Donc quoi ? », répondit-il, ennuyée.
« Comment va ton plan ? Elle avait l'air vraiment énervée, à ce moment-là. Elle pourrait être vraiment vicieuse demain. »

Elle sourit.
« Ce n'est pas possible », elle répondit, en continuant à saisir sur son clavier. « Regarde : tu es une fille, amoureuse avec un garçon. Que vas-tu faire quand tu vas voir une autre fille l'embrasser devant la classe ? Ce serait juste stupide de l'étrangler, parce qu'Ayumi sait que je suis plus forte qu'elle, et je l'ai très bien montrée en self-défense en cours de Sport. Et aussi, parce que les filles agissent dans le dos des gens, pour que celui qu'elles aiment ne voit pas le vrai côté de leur personnalité. Est-ce que tu sortirais avec Ayumi si tu savais qu'elle avait frappée ton amie ? »
« J'imagine que non », dit-il, impressioné. « Depuis quand tu sais ça ? Je ne pensais pas que quelqu'un comme toi saurais ça. »

Elle le regarda, l'air offensé.
« Non ! », dit-il en bégayant. « Je-- je ne dis pas que tu agis comme un homme hein-- c'est juste que tu ne fais pas de trucs tout mignon... »
 Il se donna une claque mentalement pour ce qu'il venait de dire, et elle haussa les sourcils.

« Nan ! Je n'ai-- je n'ai pas dit que tu n'étais pas mignonne, c'est juste que tu-- tu n'agis pas comme Ran-- enfin... »
Elle haussa encore les sourcils.
« Je-- non-- enfin... euh... », arriva-t-il à prononcer, avant de soupirer.
« D'accord », dit-il, d'une voix sarcastique. « Si tu veux que je joue avec une boule de laine ou que j'imite Mickey Mouse, préviens-moi. Mais pendant ce temps, je veux en finir avec tout ça, pour avoir la robe que tu m'as promise. Maintenant pars. »
Elle continua d'écrire.
Conan mordit sa lèvre.

Il y avait quelque chose qu'il voulait lui demander depuis ce midi, mais il ne savait pas si c'était une bonne idée de demander ou pas.
Elle arrêta d'écrire.

« Qu'y a-t-il, Kudô ? », demanda-t-elle.
Il n'y avait rien de spécial dans sa voix. Même pas l'air irrité qu'elle avait toujours. Il n'y avait aucune emphase sur aucun des mots. C'était juste une question normale, qui demandait une réponse.
Il détourna son regard, ses joues se tintant de rose.

« Si... si Ayumi ne t'avait pas énervée... tu m'aurais quand-même embrassé ? »
Elle écarquilla des yeux.
« HELLO ! », dit le professeur en ouvrant la porte. Les deux adolescents sursautèrent. « J'ai acheté du tempura pour le dîner, mangeons ! »
En disant cela, il posa sur le comptoir le sachet, et fonça dans la cuisine pour prendre des cuillers. Conan la regardait encore, un regard légèrement accuseur sur le visage.
 Haibara eût l'air choquée pendant un moment, avant de sourire à Conan.

« Qu'est-ce que tu en penses ? », dit-elle, avant de se tourner vers le professeur pour l'aider avec les assiettes. Il entendit rapidement, de loin, un « Merci, Ai-kun ! ».
Il soupira, et s'assit sur le divan. Il était donc bien impossible d'avoir une réponse claire et précise de sa mère.

Mais un sourire fatigué réussit à trouver sa place sur son visage.
'Mais il faut bien lui accorder ça', se dit-il, amusé, 'elle sait garder son calme.'

/// Ai Edogawa ///


Chimie (deux heures), Maths (deux heures), cantine et récréation, Japonais, SVT (deux heures)
'C'est aussi simple que ça', se dit Ayumi en se mordant la lèvre inférieure. Elle ne pourra probablement rien faire en Chimie, car il y aura un contrôle, et elle serait occupée à soutirer les bonnes réponses à Haibara et Conan. Elle allait donc devoir mettre de côté ses sentiments envers Haibara pour le moment, mais tout de même les conserver pour la matière suivante.

« Ayumi ! », cria sa mère, « le dîner est prêt ! »

« J'arrive tout de suite, m'man ! », Ayumi cria en retour, en se concentrant une fois de plus sur son emploi du temps.

Après ça, il y avait Maths, deux heures. Elle massa son menton. Elle avait déjà réfléchi à un moyen d'anéantir complètement Haibara, mais elle n'y avait jamais réfléchi jusqu'au bout. Pour le moment, Genta allait devoir attendre : il était massif et musclé, c'était vrai, mais il ne pouvait pas faire mal physiquement à Haibara pour le moment, donc il était à exclure du plan.

« Le dîner, Ayumi ! », cria à nouveau sa mère.
« J'ai entendu la première fois ! », répondit-elle tout aussi fort.

En plus, le prof de Maths était très sévère, donc elle n'aurait pas l'occasion de tenter quoi que ce soit contre Haibara, elle n'en avait pas le courage. Maths était donc aussi à exclure du plan. C'était comme ça qu'elle voyait sa stratégie d'attaque : son plan principal était simple, mais fatal. Mais il était évident qu'elle ne pouvait pas encore faire savoir à Haibara qu'elle allait attaquer. Pas encore. La classe devait être présente pour le coup d'éclat de son plan, mais évidemment, Haibara ne devait rien soupçonner.

« AYUMI ! »
« J'arrive ! »

Après les cours du matin, il y avait la cantine et sa récréation. Elle ne pouvait pas y faire grand chose, donc elle décida de commencer en douceur le plan le lendemain. Embrasser Conan avait mis de côté leur amitié de façon finale, et elle était prête à se payer Haibara quoiqu'il fasse faire.
Elle prit un crayon et un carnet, et commença à écrire.

''Etape 1 : Dénigrer Haibara''
Elle posa son emploi du temps à côté d'elle, et sourit. Oui, le dénigrement était la première étape sur la liste. Elle devait le faire avec précaution, parce qu'il ne fallait pas trop abuser du dénigrement. Créer des faux scoops sur elle ne fonctionnerait pas, car elle était comme intouchable, au collège. Peut-être que pour la deuxième étape, elle pourrait prendre des photos d'Haibara en secret et les vendre...

« Ayumi ! », hurla sa mère une fois de plus, « le dîner refroidit ! »
« J'ARRIVE DANS UNE MINUTE ! »

Oui, elle allait commencer par Conan. Ce serait la chose la plus intelligente à faire. Elle demandera à Mitsuhiko ou à quelqu'un d'autre d'aller lui parler, et glisser quelques sujets dans leur conversation. Cela permettra de créer une confusion.

« AYUMI, TU ES INTERDITE DE SORTIE SI TU NE DESCENDS PAS MAINTENANT ! »
Ayumi roula ses yeux et soupira.
« J'arrive », dit-elle.
Son plan allait devoir attendre le dîner.

/// Ai Edogawa ///


« Quoi ? », demanda Ran, le ton inquiet.
« Ouais », répondit le détective inconfortablement, en tapotant ses doigts sur la table qui était devant lui. « Je vais sûrement déménager chez le Professeur dans quelques jours. Ta mère va revenir avec vous, pas vrai ? Elle elle le fait comme prévu, je ne pense pas qu'il y aura encore de la place pour moi... »
« C'est vrai... », dit Ran, hésitante. « Mais alors... tu me manqueras vraiment, Conan. Tu es ici depuis des années, et ça va faire bizarre que tu ne sois plus dans nos pattes ! Qu'arrivera-t-il à Papa ? Il sait bien que tu l'aides ici et là, quand tu trouves des indices... »
« Ouais », dit-il, un sourire sur son visage. « Mais ça ne veut pas dire qu'on ne se verra plus ! Je pourrai passer à l'agence de temps en temps, et si tu veux, tu peux toujours nous rendre visite chez le Prof ! Si ton père a besoin de l'aide sur une enquête, il peut toujours m'appeler, j'ai mon téléphone portable sur moi. »

Il y eut un moment de silence.
« Oh, Conan, je ne sais pas... »
Il mordilla sa lèvre inférieure.

Il savait qu'il regretterait un peu de ne plus être constamment autour d'elle, mais il avait très envie de vivre seul. Malheureusement, n'ayant qu'onze ans pour le moment, il allait devoir attendre un certain temps. Sauf si la situation se débloquait et qu'il avait soudainement accès à l'antidote. Ou qu'Haibara trouvait l'antidote sur Ebay, au choix. Il savait que Ran aurait une réaction émotionnelle violente, mais il était désespéré.

Il regarda Haibara.
Elle sourit.
« Débrouille-toi, Archie Andrews. »
Le professeur cracha le jus qu'il était en train de boire.

Conan jeta un regard noir à Haibara et au professeur, et porta à nouveau son attention sur le téléphone. « Tu vas vraiment me manquer, Ran », dit-il d'une voix douce dans le combiné. Il y eut un petit moment de silence.
« Tue me manqueras aussi, Conan. Je sais que je ne peux pas t'empêcher de partir, mais tu me rappelles tellement Shinichi que je... ». Autre silence. Il sourit douloureusement. Evidemment, Shinichi. Son nom devait forcément apparaître quelque part.
 Il savait qu'elle avait de bonnes intentions, et qu'elle avait ses raisons de refuser, mais parfois, elle prenait les choses trop fortement, elle le faisait culpabiliser et souffrir, et l'arrêtait dans ce qu'il avait vraiment l'intention de faire au départ. Il secoua la tête. Reste fort. Garde tes convictions.

« Au revoir, Ran », dit-il. « On reste en contact. »
« Quoi, tu ne reviendras pas ? », demanda-t-elle.
« Non », dit-il simplement, « les déménageurs vont emporter mes objets, et on restera en contact autant que possible. »
Autre pause.
« D'accord, Conan », dit-elle, en hoquetant. « Mais souviens-tu de manger tes légumes, hein ? »
« Oui, Ran », répondit-il docilement.

Puis elle reposa le téléphone sur son socle.
Il garda le combiné à coté de ses oreilles avant de le laisser tomber sur le meuble. Haibara le regardait, avec une sorte d'expression de douleur dans le visage. Puis, elle prit son sourire moqueur habituel, et lui dit : « Tu as déjà cassé avec elle ? Tu l'as fait doucement et à la cool ? ».

« La ferme », dit-il, en rougissant un peu. « Qu'est ce que tu vas faire ensuite ? »
« Je ne fais rien », répondit-elle. « J'attaque ou je défends quand l'ennemi attaque ».
« Sûr », dit-il, d'un air penaud. « Donc, que penses-tu faire quand elle t'attaqueras ? Elle semblait très énervée, tout à l'heure. »

Elle hocha de la tête.
« Je sais », dit-elle, « je sais. C'est pour ça qu'elle va procéder avec l'attaque en dix étapes, comme beaucoup de gens le font dans sa situation. »
« L'attaque de... quoi ? »
Elle se retourna.

« Les filles ont pour habitude d'enfoncer leur couteau dans le dos de leurs cibles, mais lorsque c'est l'autre qui leur enfonce le couteau, elle s'énervent. L'attaque des dix étapes est juste un nom parmi tant d'autre. Mais il peut y avoir des variantes, avec vingt, ou trente étapes ; il pourrait y en avoir dix mille, tout dépend de la patience de la personne. Ayumi a beau être très patiente et calculatrice, elle reste agée de 12 ans. De plus, elle est faible du cœur, et ça la rend impatiente. Le plus qu'elle pourrait faire est dix, et si elle les termine vraiment, je l'applaudirai pour sa patience, mais aussi pour sa stupidité. Plus elle attendra, plus sa haine se fanera.

Conan la regarda avec la bouche ouverte.
« Quoi ? », demanda-t-elle, irritée.
« Comment sais-tu tellement de choses ? », l'interrogea-t-il. « T'es-t-il déjà arrivé quelque chose comme ça dans le passé ? ».

Il y eut une étincelle d'irritation dans ses yeux, et il se préparait à une remarque sarcastique, mais... « Oui », dit-elle simplement. « Oui, en effet. »
Il pensait qu'elle allait continuer, mais elle ne fit qu'hausser ses sourcils, sourire, et continuer de taper sur les touches de l'ordinateur. Il poussa un grognement d'irritation, et se balança sur sa chaise. Puis il rencontra ses yeux.

« Quoi ? », demanda-t-elle.
« Qui ? », demanda-t-il.
« Vermouth, » dit-elle. Elle essaya de faire tourner sa chaise pour retourner à son ordinateur, mais il la tint durement avec ses bras, bien qu'il faillit la lâcher suite au regard venimeux qu'Haibara lui lança.
« Quand ? Quoi ? Comment ? Où ? », demanda-t-il, en agitant ses mains dans les airs.

Elle haussa un sourcil.
« Pourquoi es-tu si curieux de savoir ? », demanda-t-elle.

Il ouvrit sa bouche plusieurs fois avant de la refermer, et de lâcher sa chaise. « Oublie », dit-il, et il alla se jeter sur le divan, et regarder le plafond.
Elle sourit.
Il n'avait qu'à avoir attendu jusqu'à ce qu'elle eût voulu le lui dire, pensa-t-elle, avant de reporter tout son attention sur son ordinateur.


/// Ai Edogawa ///


Mitsuhiko et Genta étaient dans la salle à manger d'Ayumi, et Sumiko faisait les cent pas dans la pièce.
« Pourquoi Ayumi nous a-t-elle demandée de venir ici ? », demanda Sumiko.
« Le score est de 10 à 6 », dit Genta, en mettant un bonbon à la menthe dans sa bouche.
« Allez, bouge-toi un peu ! », dit Mitsuhiko impatiemment, tandis que Genta mit sa tête en arrière, la fit se propulser en avant comme un ressort, et cracha le bonbon qui atterrit dans l'aquarium au fond de la pièce. Sumiko se tordit en deux de rire. Mitsuhiko sourit en voyant le poisson tourner autour du bonbon.

« L'évolution du score ? »
« Dix à sept. A ton tour. »

Ayumi arriva dans la pièce, un appareil photo numérique dans sa main. Les autres se regardèrent entre eux, confus, avant que Mitsuhiko ne reporte son attention sur Ayumi. Ayumi leur sourit, en tapotant l'appareil. Ce n'était pas le genre d'appareil photo que votre père ou mère apporterait à un anniversaire. Il était petit. Très petit. Ils ne comprirent d'ailleurs que c'était un appareil photo qu'après l'avoir regardé, dans tous ses détails. « C'est un appareil photo », dit Genta.

« Effectivement », dit Ayumi, radieuse. Les autres la regardèrent, sourcils haussés et la mine interrogatrice. Elle retourna en vitesse dans sa chambre, et les anciens Detective Boys entendirent du bruit. Elle retourna rapidement dans la salle à manger, son uniforme et un canif à la main.

« Qu'est-ce que tu fais, Ayumi ? », demanda Genta.

« Je vais mettre l'appareil dans mon uniforme », dit-elle d'un ton évident. « Ça va être la deuxième étape de mon plan, après raconter des mensonges sur elle à Conan. » Elle fit un petit trou dans sa veste, et ils devaient admettre qu'elle avait fait un bon travail en réussissant à dissimuler un trou aussi petit. Elle plaça l'appareil derrière le trou, et l'appareil disparut complètement dans les plis de la veste.

« Il prend 5 images par secondes », annonça-t-elle fièrement. « C'est ma fierté et mon honneur ! Il peut prendre des milliers de photos à l'affilée sans rater une fois ! »
« Mais qu'est-ce que tu veux en faire ? », demanda Genta d'un air stupide.
« Prendre des photos d'Haibara », répondit-elle en soupirant, « et les vendre ! Ça pourrait effriter sa popularité, et me faire gagner un peu d'argent. »
« De l'argent ? », demanda Sumiko, troublée. « Je croyais que tu étais toujours bien fournie ? »

Elle sourit.
« Pas pour ce que je prévois, pas pour le grand final de notre plan. »
« La pièce maîtresse », dit Sumiko.
Ayumi sourit.
« Tu m'as comprise », dit-elle.


/// Ai Edogawa ///


Haibara joua le jeu dès le premier jour. Elle était arrivée au collège avec Conan main-dans-la main, sa tête posée sur son épaule. Cela provoqua un grand buzz, et Conan étant assassiné de questions, et presque torturé par les brutes du collège pour avoir emporté leur seul vrai amour. Mais tout le monde en était plutôt heureux, et personne prêta plus trop attention à leur couple.

Ayumi rentra dans la salle de classe pendant que l'on était en train de demande au nouveau "couple" comment ils s'étaient mis ensembles. Il y eut un silence quand elle passa devant le professeur pour lui donner son mot de retard. Elle a marcha, calmement, à sa place à côté d'Haibara.

La classe attendit, en retenant son souffle, la réaction d'Ayumi. Etant donné qu'elle était la fille qui avait le plus de contacts partout dans l'établissement, elle avait forcément due être mise au courant que sa meilleure amie lui avait prise son soi-disant "petit-ami".
Ayumi s'assit à sa place, avant de se retourner vers Haibara. Haibara faillit tressaillir. Ayumi sourit.

« Kon'nichiwa ! », dit-elle à sa voisine.

Haibara sourit interieurement.
Ça avait commencé.

Le sourire avait l'air réél, et Haibara devait avouer qu'Ayumi était une superbe actrice. Mais quand les yeux d'Ayumi s'ouvrit pour leur dire à quel point ils avaient l'air bien ensembles, Haibara pouvait presque voir des flammes et des étincelles dans ses yeux. Ses mains crispées sur son stylo la trahissaient.

« Quand vous êtes-vous mis ensemble ? »

Conan remarqua que pratiquement tout le monde était en train d'observer l' "innocente" conversation entre les deux filles. Mais même le professeur avait arrêté d'écrire sur le tableau pour regarder. Haibara juste cligna des yeux, et sourit en retour. Ayumi avait l'air imperturbable.

« Je te raconterai plus tard », dit-elle tout bas. « C'était TROP romantique. »

Ayumi savait.
Haibara savait.
Aucun d'eux ne parla plus.

« Classe ! », cria le professeur. « Concentrez-vous s'il vous plait ! »
Le cour termina rapidement, et aussitôt que la cloche sonna, Haibara se leva, passa devant Conan, et, discrète, laissa un bout de papier dans sa main. Conan fut même impressionné par sa discrétion..

''Elle est sérieuse maintenant."
Il regarda Ayumi, qui lui fit un clin d'œil avant de quitter la classe.
Il fronça les sourcils.

Haibara fut surprise quand Ayumi les rejoignit pendant la pause-repas. Elle n'aimait pas ça, et savait qu'Ayumi était prêt à faire quelque chose. Elle et Conan allaient devoir se confronter à elle et les trois autres. Même s'ils n'étaient pas beaucoup, il y en avait un dont elle aurait besoin. Mitsuhiko. Elle jeta un regard à l'intéressé, qui sortait de la bibliothèque. Elle regarda sa montre, ignorant clairement Ayumi qui était en train de leur raconter une blague, à laquelle Conan souriait faiblement. Plus que vingt minutes avant la reprise des cours.

« Excuse-moi, dit-elle en souriant, je dois y aller. Je reviens tout de suite. »
« D'accord », dit-il, avant de rajouter : « Je viens avec toi ? »
« Non », dit-elle en se retournant, « j'y vais toute seule. »

Plusieurs garçons regardaient la scène, espérant secrètement qu'ils s'embrasseraient à nouveau, mais Haibara lui caressa juste le dessus de l'épaule. Ayumi la regarda s'en aller, avant de reprendre la conversation. C'était là sa meilleure chance pour lui poser la question qu'il voulait poser depuis le début.

« Donc, comment ça va, pour toi et Ai ? », demanda-t-elle en essayant de paraître tranquille, même si elle sentait sa main trembler un peu.
« Quoi ? », répondit-il, un peu distrait.
« Toi et Ai », répéta-t-elle, sans hésitation. « Ça doit être difficile d'être avec quelqu'un si froide et distante. »
« Oh », dit-il, inintéressé.
« C'était toi qui lui a demandé, ou elle ? », demanda-t-elle, forçant un peu le détective.
« Moi », il répondit, ce qui était dans un sens la vérité.
« Toi ? », elle demanda, choquée. « C'est vrai ? »
« Ouais », dit-il, en regardant Genta engloutir trois hamburgers en même temps.
« J'aurais pensé que ce serait elle », dit-elle, en lui lançant un mauvais regard.
« Oh, vraiment ? » Genta était maintenant en train de passer sa main sur son ventre, tandis que toutes les personnes de la cantine le regardait.
« Elle m'a dit beaucoup de mauvaises choses sur toi », dit-elle dans un soupir, comme pour faire semblant que cela était sorti sans le vouloir.
« Oh, vraiment ? », répliqua-t-il dans un soupir.

Ayumi mordit ses lèvres : Conan s'était comme créé une barrière de protection, pour se protéger, et il croyait en Haibara avec tout sa force.
Elle n'avait qu'à trouver un moyen de le pénétrer, c'est tout.
Elle ne pensait pas que ce serait si dur.

« L'aimes-tu vraiment ? », demanda-t-elle avec perspicacité, tant de perspicacité qu'elle le fit sursauter sur chaise.
« Quoi ? », demanda-t-il, maintenant alerté.
« Est-ce que tu l'aimes ? Parce que- je ne voudrais pas la blesser. »
 Il l'aurait presque crue, tant ses talents d'actrices étaient formidables. Mais il se protégea une nouvelle fois en disant, tout en souriant, « Oui, je l'aime ».

Elle haussa ses sourcils, prête à pleurer, avant de sourire. 'Attends...', se elle se dit à elle même. Elle le comprit. Il était en train de faire semblant. Conan était un bon acteur, c'était vrai, mais sa voix vibra un peu lorsqu'il le dit, et rien qu'avec ça, il avait perdu. Mais elle n'était pas sûre. Il parlait si clairement et calmement que c'était presque comme si-il le pensait vraiment.

« Bon, je vais aller discuter avec Sumiko », dit-elle en posant sa boisson. Conan fut saisi de culpabilité en voyant son jeu d'actrice. Il se leva et marcha jusqu'à elle.
« Ayumi... », il dit, et elle s'arrêta. Elle se retourna. Il regarda ailleurs. Plus que quelques semaines. « Rien ».
Elle hocha de la tête et continua de marcher. Elle devait agir vite. Avant que Conan ne commence vraiment à l'aimer.
Elle devait trouver Mitsuhiko.


/// Ai Edogawa ///


Haibara regarda Mitsuhiko poser les livres qu'il voulait emprunter sur le comptoir de la bibliothécaire, afin que celle-ci les scanne. Ayumi était une personne dont il était dur de se débarrasser, mais l'implication de Mitsuhiko dans leur guerre ne faisait qu'empirer la chose. Il était intelligent, très intelligent pour son âge, et elle avait besoin de lui de son côté. D'habitude, elle ne séduisait pas les garçons plus jeunes. Bon, elle ne séduisait jamais personne, en fait, mais elle le devait. Terminer ça en vitesse, et avoir cette robe dont elle rêvait depuis bien trop longtemps.

Elle soupira.

« Tu es en dette, Kudô », dit-elle dans un soupir.

Il sortit du bâtiment en sifflotant d'un air joyeux, quand il sentit Haibara l'attraper par le bras, et le pousser dans un coin de la rue. Il y avait un gros poteau électrique à cet endroit-là, et Haibara le plaqua dessus.

« Haibara-san ? », murmura-t-il, choqué.
 Elle regarda autour d'elle. Personne.
 Elle dit en quelques secondes quelque chose que l'on dirait en cinq minutes.

« Mitsuhiko... », dit-elle d'une voix séduisante. Le visage du garçon se tinta de rouge. Elle ne l'avait jamais vraiment appelé par son nom de famille dans le passé, et d'ailleurs, elle le faisait avec quasiment tout le monde. « J'aurais une faveur à te demander », dit-elle, une de ses mains touchant sa cuisse, l'autre sa joue. Il aurait pu tomber dans les pommes.
« Qu... quoi ? », demanda-t-il, en bégayant.
« Eh bien... », dit-elle, en enlevant son doigt qui était sur la joue de Mitsuhiko pour le mettre sur ses lèvres roses. « Je sais que tu sais qu'il y a une bataille enfantine entre Ayumi et moi. Pas vrai ? »
« Ou-ouais », dit-il, en essayant de respirer de d'arrêter de se focaliser sur l'odeur d'Haibara.
'Ca y est', se dit-il, 'je vais m'évanouir'.
Même si elle était amusée par ses réaction, Haibara avait presque envie de vomir, à essayer de séduire une personne qui était de Dieu-sait-combien-d'années- plus jeune qu'elle, et qui était prêt à tomber dans le panneau.

« Je me demandais...Si tu pouvais être de mon côté, pour une fois... », dit-elle en bougeant le plus possible ses lèvres.
« Comme-un espion ? », demanda-t-il, incertain.
« Oui, » dit-elle en pinçant sa joue, « est-ce que ce serait possible ? »
« B-Bien sûr », dit-il, mais en sachant qu'il allait bientôt le regretter. Mais bon, ce n'était pas une si mauvaise chose que d'être proche des deux filles qu'il aimait, après tout.
« Qu'est-ce que tu veux savoir ? », demanda-t-il.
« Est-elle énervée ? »

« Hein ? »
« Énervée », Haibara répéta. « Est-elle énervée ? »
« Je pense qu'elle l'est », dit-il inconfortablement, « pourquoi ? »
« A-t-elle commencé le plan d'attaque des dix étapes ? »
« Le quoi quoi de quoi ? »
« Le plan d'attaque des dix étapes. »
 Il se tût pendant une seconde, puis secoua la tête vigoureusement.
« Ouais », dit-il. « Elle a dit qu'elle ferait passer des mauvaises rumeurs à propos de toi. »
 
Elle sourit, amusée. Elle s'était attendue à quelque chose d'original. Elle devait se dépêcher de faire Mitsuhiko poser des questions à Ayumi avant que celle-ci n'agisse.
« D'accord, Mitsuhiko, il faudrait que tu... »

Elle fut interrompue par la voix d'Ayumi.
« Mitsuhiko ? Tu es là ? »
'Merde', se dit Haibara.
« Cache-moi », murmura-t-elle à Mitsuhiko, tandis qu'elle se glissait derrière lui, la poteau la bloquant de la vue d'Ayumi.
« Ah, tu es là ! », dit Ayumi en respirant fortement. « Je croyais que tu restait toujours à la bibliothèque avant la fin de la cantine. »
« J-J'ai quitté la salle », dit-il, pensant encore à Haibara.
 Ayumi fronça les sourcils.

« Je m'en étais rendue compte », dit-elle.
« Fais-la partir », murmura Haibara.
« Pourquoi te tiens-tu comme ça ? », demanda Ayumi à Mitsuhiko, en voyant sa position. Il était avachi en arrière sur Haibara. Mitsuhiko rougit instantanément, et changea de posture, écrasant au peu plus Haibara sur le poteau. Ayumi fronça les sourcils. Quelque chose n'allait pas. « Qu'est-ce que tu caches ? », demanda-t-elle.

Haibara jura mentalement.
Le cerveau de Mitsuhiko fonctionnait à cent à l'heure. Elle suspecterait forcément quelque chose si elle voyait Haibara. Et où est-ce que ça l'amènerait ? Il perdrait la confiance d'Haibara et le respect d'Ayumi. Il regarda sa main. Il eut une idée. « Ça », dit-il, en essayant de parler aussi timidement possible. Elle haussa un sourcil en voyant les livres dans sa main.

« Tu me cachais des livres ? », l'interrogea-t-elle, suspicieuse.
« Oui », dit-il nerveusement. « Je-Je ne voulais pas que tu saches ce que je préparais pour plus tard... ».
« Préparais ? », demanda-t-elle. « Qu'est-ce que tu préparais quoi ? »
« Eh bieen... », begaya-t-il. Une goutte de transpiration lui coula sur le front. « C'est a propos de Conan et Haibara... »
« Oh ? », demanda Ayumi, toujours suspicieuse.
« Ouais », répondit-il, maintenant plus confiant. « Je voulais m'assurer de quelque chose. »
« De quoi ? », insista-t-elle.

Haibara voulait la faire partir. Elle transpirait énormément maintenant, avec le derrière de Mitsuhiko qui la poussait contre le mur, et le sale poteau n'arrangeait pas les choses. « Je voulais m'assurer de quelques trucs ». Son cœur battait la chamade. « C'est encore secret, je ne peux pas te le dire pour le moment. »

« Pourquoi ne peux-tu pas ? », demanda-t-elle, en s'approchant de lui.

Haibara mordit sa lèvre inférieure. Mitsuhiko la poussait encore plus contre le mur chaque seconde, et chaque nouveau millimètre lui faisait encore plus mal aux os. « Je... », il essaya de dire. « Je ne peux pas ».
« Pourquoi ? »

Haibara faillit crier quand elle vit le cafard sur le mur, qui rampait vers elle. Dieu, elle aurait voulu qu'Ayumi s'en aille. Haibara lui donna un petit coup dans le dos comme signal. Il comprit. « Ce n'est pas encore finalisé », dit-il, lentement, en essayant de faire comme si c'était important.

Le cafard descendait...

« Quand je serais certain...
Encore plus près de son uniforme.

… je te le dirai... 
Quelques centimètres-...

… immédiatement. »
Elle eut l'air satisfaite de cette réponse.

« D'accord, alors allons-y », dit-elle, dans un ton évident. « Je veux vous dire quelque chose, à Genta, Sumiko et toi. »

Haibara frissonna.
Oh, non.

« Quoi ? », demanda Ayumi, agacée. « On n'a pas toute la journée ! ».

Le cafard était très près maintenant, et elle mordit ses lèvres de dégout.
Attends un peu. Si ELLE avait peur des cafards, alors...
Doucement, elle prit le cafard dans sa main, et le lança sur Ayumi. Elle le vit.

Il la regarda.
Elle le regarda encore.
Il commença à monter sur elle.
« Aaaaaaaaaaahhhhhhh ! », cria-t-elle, en gesticulant comme dans une sorte de danse indienne. « A plus tard », elle dit, en partant très loin. Elle sourit à Mitsuhiko. Elle était contente qu'il soit de son côté.
Au moins, il y avait QUELQU'UN pour l'aider, cette fois-ci.


/// Ai Edogawa ///


Mais les choses n'étaient pas aussi simples que l'on aurait dit.
Haibara avait espéré de toutes ses forces qu'elle puisse lui parler, ou lui donner les lunettes-talkie walkie de Conan, mais Haibara ne put même pas l'apercevoir. Ayumi le soupçonnait à cause de son comportement étrange, et le suivait partout. Lui, Genta et Sumiko passaient toutes leurs nuits chez elle, et elle avait mis un logiciel d'enregistrement des discussions et des e-mails sur le téléphone portable de Mitsuhiko.

« Oh, bingo », pensa Haibara, en voyant Ayumi avec Mitsuhiko. Mais les choses allaient être extrêmement compliquées. Selon Conan, Ayumi n'avait pas réussi à dire des mauvaises choses d'Haibara dans son dos, et que la première étape sur sa liste était un échec. Qu'y aurait-il ensuite ?
Il fut bien dommage qu'elle ne regardât pas Ayumi, à ce moment précis, lorsqu'elle la dépassa en marchant, et aussi dommage que la cour soit trop bruyante, car elle n'entendit pas le bruit qui allait devenir son cauchemar.

Clic.