Article 74 : La Disparition de Conan Edogawa, la critique

/!\ ATTENTION : Cet article spoile des éléments du scénario. A vos risques et périls~


Hello les Conan-patriotes !

Comme nous le faisons après la sortie de long-métrage d'animation Détective Conan, il est maintenant temps que nous délivrions notre critique de La Disparition de Conan Edogawa – Les Deux Pires Jours de l'Histoire. Ce spécial vaut-il le coup ? Est-il parfait, ou au contraire a-t-il raté son but de célébrer les 20 ans du petit détective ? La critique est lancée.



Mais avant de rentrer dans la critique à proprement parler, nous allons analyser les attentes des fans quant à ce spécial. Nous n'allons pas parler du grand public japonais qui a été obnubilé par le fait que Conan soit nu pendant tout le spécial, mais plutôt des fans, ceux qui suivent l'actualité de ce film depuis le début. Et le début n'est autre qu'il y a un an pile, quasiment jour pour jour, quand sortit dans un des derniers numéros de 2013 du Shonen Sunday une double-page en couleur sur laquelle nous pouvions voir l'agenda de 2014 de la série. Un film avec Masumi, un jeu-vidéo, des goodies, et, à la surprise générale, un ''spécial pour fêter les 20 ans de la franchise'', ''qui raconte une histoire jamais révélée''. Ni une ni deux, les spéculations ont explosé sur internet, et certains imaginaient déjà qu'Ano Kata allait apparaître en caméo dedans. (merci Gosho d'avoir dit l'an dernier qu'il essaierait de faire apparaître Ano Kata pour les 20 ans de la série).

Peu à peu, les informations ont été révélées. Son premier titre, ''La Disparition de Conan Edogawa – Le Pire Jour de l'Histoire'', puis la bande-annonce, qui nous apprenait que le scénariste serait Kenji Uchida, le scénariste du critiquement acclamé Kagi Dorobo no Method (dans les pays anglophones, ''Key of Life''), une comédie japonaise. Celui-ci coopérerait avec Gosho Aoyama pour ce spécial 20 ans, qui se passerait dans le même univers que celui de Key of Life. Le trailer était hypant, il promettait gros, le titre encore plus, bref, les attentes des fans étaient aussi hautes que celles du film 18, voire plus.

Le 26 décembre sortit enfin le spécial, et qui s'exposa aux critiques des fans, et des critiques professionnelles japonaises. Et n'y allons pas par quatre chemins, le film est... bon. Voire très bon.

La Disparition de Conan Edogawa ouvre directement sur une scène assez peu Conan-esque, et qui nous rappellerait un peu l'univers de Lupin. Un pays éloigné, deux patrons qui font du golf en chemises à carreau, bref, un peu spécial pour du DC. Et juste après ça, on retrouve avec joie nos personnages préférés, Ran, Conan, Haibara, Agasa et Kogoro. Parce que la baignoire chez Agasa est cassée, Haibara, Conan et Ran décident d'aller dans un bain public. Conan rencontre des ''tueurs légendaires'' (merci le trailer pour ce surnom), il glisse comme un noeud-noeud sur le sol du bain, tombe sur la tête, se fait kidnapper par des pédophiles, et est emmené en voiture. Voilà le début du scénario de ce spécial 20 ans.

J'étais moi-même parti avec un petit a priori sur le fim. Conan qui glisse sur le sol et perd la mémoire était pour moi une méthode trèèèès stupide de juste faire en sorte que Conan perde la mémoire. Quitte à faire perdre la mémoire à un protagoniste, autant le faire intelligemment et avec classe comme dans le film 4. De même, j'avais très peur que le scénariste tente de mettre plus d'éléments de Key of Life dans le spécial, que d'éléments de Conan, ce qui aurait été dommage, étant donné que ce spécial était fait pour célébrer les 20 ans de la franchise. Et au fur et à mesure du visionnage du spécial, toutes ces craintes volent en éclat.


Tout ce qui faisait que l'on pouvait voire d'un mauvais œil le spécial à cause de son trailer, ou tout ce qui faisait que l'on pouvait craindre de ce qu'il contiendrait est soudainement jeté par la fenêtre.

Conan ne glisse pas sur le sol sans le faire exprès comme on essayait de nous le faire croire, il avait tout calculé.

Haibara n'est pas là en tant que membre des Détective Boys, mais en tant que second personnage principal, rivalisant avec Conan en terme d'utilité-- c'est presque si elle est le personnage principal du spécial. (Détective Haibara \O/)

Ran n'est pas horrible, agaçante et inutile dans le spécial, elle a une certaine utilité, tout en étant assez agréable et au final appréciable.



Le spécial a d'ailleurs un ''découpage'' assez particulier, et que l'on se doit de préciser.

Le ''découpage'' d'un film, c'est la façon dont sont ordonnées des scènes. Il y a des règles à ça, que l'on ne peut pas ignorer. Par exemple, on ne doit pas mettre les scènes dans le désordre (exemple : le film 18 commence par le combat final de Conan contre le sniper, puis on revient en arrière au fur et à mesure).

Le dernier film Conan qui avait tenté de faire une histoire à reculons est le film 16. Un film qui avait plu à certains fans, mais ces mêmes fans avaient dû tout de même admettre que le système de flashbacks du film, où la moitié du film était en fait des suites de flashbacks, était très mal géré. Comprenant l'erreur, plus aucun des films suivants de DC ont essayé de réutiliser le système de flashbacks (MÊME le film 17 :| ), et nous pensions qu'aucun scénariste réessaierait. Raté, Uchida le fait. Et encore plus raté, Uchida le maîtrise.

Lorsque la bombe est sur le point d'exploser dans le dos de Conan, tuant au passage Ran, la scène se coupe, et on assiste à un flashback ''2 jours avant''. A partir de ce moment-là, on pourrait penser que c'était perdu, et que le spécial allait être foiré. Mais non.

Uchida maîtrise tellement son domaine, qu'il joue sur les flashbacks, en réexpliquant des scènes avec un nouveau point de vue. Il y a des scènes que l'on voit deux fois, ou trois fois, en apprenant à chaque fois une nouvelle chose que l'on ne savait pas à la base. Qui aurait cru que le câlin pédophile de Kondo à Conan dans la chambre, où Conan dit ''J'ai peur...'', était en fait une partie du plan établi par Conan pour localiser le cerveau derrière toute cette affaire ? Encore mieux, ce qui nous a personnellement convaincus que le scénariste gérait très bien son découpage, la scène qui explique comment Conan avait tout préparé à l'avance, de son dialogue avec Tatsu aux bains jusqu'à sa chute et son amnésie, ne montre-t-elle pas l'étendue du god-mode de Conan ?

Passons ensuite à quelque chose d'autre qui est très visible dans le spécial : Haibara.


Ai Haibara est un personnage populaire auprès des fans. Moins auprès du grand public, qui ne sait pas qu'elle est une adulte ou qu'elle a conçu le poison qui a fait rajeunir Conan, mais elle garde une certaine popularité auprès de certains fans (même si le dernier sondage sur internet a été hacké par des fans d'Haibara pour augmenter ses votes, m'enfin :p). Le spécial 20 ans étant une des stratégies des éditeurs pour promouvoir la licence et faire plaisir aux fans (→ qui en retour reviendront acheter les tomes du manga et les magazines Shonen Sunday), il était clair qu'ils feraient tout pour mettre Haibara en avant. Et c'est ce qui a été fait.

Comme mentionné précédemment, Haibara pourrait presque être le personnage principal de l'histoire, ou de la moitié de l'histoire. Elle est active, elle prend des décisions, elle va de l'avant, elle se divise les tâches avec Agasa pour retrouver Conan, elle arrive à nous faire oublier que Conan est le héros de la série. Et Haibara n'est pas le seul personnage à être inhabituellement mis en avant, Kogoro y passe aussi, en étant actif, et en menant l'enquête lui-même. Il se foire forcément et rate sa déduction, on ne change pas Kogoro Mouri, mais il est tout de même un personnage intéressant dans le spécial. Le film 18 est bien loin.

Comme on nous le demande souvent, parlons maintenant de notre grand personnage préféré et que nous adorons et que nous ne voulons absolument pas tuer : Ran.

Le rôle de Ran dans le film est à peu près le même que celui dans le film 18. Elle est légèrement plus mise en avant (cherchez pas, on voit que sa tête et ses épaules lorsqu'elle est dans le bain), mais elle n'est pas non plus extrêmement importante. Son utilité principale est de retrouver Conan à la fin, et péter la main du hacker.


Ce qui est probable qu'il se passe, malheureusement, est une banalisation de Ninja-Ran. Ran ne sert à rien/pas grand chose de tout le film, disparaît, et ne revient qu'à la fin du film pour latter le coupable. Ça reste mieux que de faire juste apparaître Ran et qu'elle ne serve à rien, mais ce serait assez frustrant, surtout au vu du potentiel du personnage. Ce schéma narratif où elle est inutile pendant tout le film puis se transforme en Athéna Guerrière à la fin pour détruire le coupable à la place de Conan est bon pour certains films, mais il serait dommage que les scénaristes en abusent.

Parlons maintenant des personnages qui ne sont pas des personnages de DC. Nous avons, comme souvent dans les fillers de Conan, le client de Kogoro, qui est l'élément déclencheur du ''réveil'' de Kogoro (ou sa mise en service/l'activation de son cerveau, comme vous préférez). Dans notre cas, c'est Kanae, la femme de Kondo. Il y a ensuite Kondo, le ''légendaire'' ''''assassin'''', la femme qui travaille avec Kanae, et Sakurai, le paumé qui aide Conan et Kondo à la fin.


Kondo est visiblement un des personnages principaux du film, il agit aux côtés de Conan, et collabore avec lui. Seulement, il ne se réveille qu'au milieu du film environ, et même à partir de ce moment-là, il n'agit pas énormément. C'est un certain gâchis. Et le mot ''gâchis'' est un des mots maîtres de ce spécial, qui n'a pourtant été, jusqu'à maintenant, qu'encensé.


Ce spécial a beau avoir ses bons côtés et ses très bons côtés, il a aussi ses mauvais côtés. Et il y en a pas mal, des mauvais côtés.

Le premier vient du titre-même du spécial. D'abord sa première partie, ''La Disparition de Conan Edogawa''. Conan qui disparaît, ça aurait pu être énorme. Une disparition, un kidnapping, aurait vraiment très bien donné à l'écran. Malheureusement, le scénariste n'a pas vu son scénario de cet œil-là, et on se retrouve au final avec un film où la disparition en question est quasi-inexistante, et ne dure qu'une dizaine de minutes. Conan maîtrise trop son terrain tout le reste du temps pour qu'on parle de ''kidnapping'', et donc de disparition.

Ensuite, ''Les Deux Pires Jours de l'Histoire''. Outre le fait que ''Le Pire Jour de l'Histoire'' sonnait bien mieux, le titre est bien trop fort pour un résultat bien trop bas. Non seulement le téléfilm est très tranquille et on ne ressent strictement aucun danger à aucun moment du film (dû à un Conan en God-mode en force), mais en plus, on ne peut que le comparer au film 18, sorti il y a moins de trois mois en France. Le film 18 promettait ''la plus grande crise que Conan ait eu à affronter''. Et même ce film-là n'avait pas réussi à tenir sa promesse, alors qu'il était bourré d'action, et qu'il mettait bien plus en avant une situation de panique et de danger total. Alors ce spécial, qui ne présente ni action, ni panique, ne mérite vraiment pas ce titre.


Autre gâchis, évidemment, c'est l'amnésie de Conan. Un spécial 20 ans, ça n'arrive qu'une fois. Un spécial de cette qualité où il y a la possibilité que Conan soit amnésique, ça existe encore moins. C'était une occasion spéciale, unique, qu'il ne fallait pas gâcher.

Autant le scénariste a réussi à ne pas gâcher sa chance en faisant un scénario digne de ce nom, autant il a totalement gâché la possibilité que Conan soit vraiment amnésique. Le spécial aurait pu être encore meilleur s'il avait vraiment exploité cette possibilité.

Maintenant, parlons du fanservice présent dans ce téléfilm. Le fanservice n'est pas toujours un défaut, il peut même être un avantage, ou un élément qui met en valeur un film. Et il y a eu deux sortes de fanservices dans le spécial : le fanservice sur la nudité (Conan nu, Haibara et Ran dans le même bain), et le fanservice ''fans'', pour ceux qui regardent les pitits détails.


Le fanservice ''fans'' est un fanservice qui n'est pas dérangeant, il ne tape pas à l'œil, il fait sourire les fans de la première heure. On peut citer dans ce cas par exemple le retour du restaurant Arsène que l'on peut voir dans Retour Dangereux, ainsi que de sa serveuse, qui a gardé le même design. On peut aussi citer le retour du terrain de foot sur lequel Conan, Haibara et les DB jouaient dans l'épisode 722. Ou encore la mention d'Eri qui fait plaisir : des petits détails tout bêtes, mais qui nous ont fait sourire.

Le fanservice ''nudité'' par contre, a été légèrement plus frustrant, ou tout du moins du point de vue de certains. Conan nu n'est pas un argument qui me fera aimer le film, même si ça a sûrement dû marcher avec d'autres personnes (mesdames les pédophiles? :p), mais le fait que ce soit bien montré et mis en valeur pendant 30 bonnes grosses minutes a de quoi frustrer. C'était inévitable, mais en même temps, tellement inutile aux yeux de certains...


On ne ressent pas toujours l'empreinte de Gosho dans le spécial. Celui-ci n'a peut-être pas énormément participé au film, cependant, on peut quand-même sentir sa patte spéciale vers la fin, lorsque Conan demande à Haibara l'antidote pour aller retrouver Ran (étant donné qu'elle a eu d'énormes faux espoirs durant tout le spécial). C'est bien dommage que ça n'ait pas été exploité, Gosho aurait pu faire un cliffhanger où Haibara aurait accepté, et la suite aurait été faite dans le manga. Ça reste tout de même sympathique d'avoir un pitit bout de trame, et qu'on rappelle que Shinichi existe. Le scénariste se rattrape en faisant apparaître Yusaku dans un flashback qui doit se passer dans un mois proche du début de DC (Shinichi porte la même veste qu'à Tropical Land), mais c'est bien dommage que l'on n'entende pas sa voix : c'est Conan qui fait la voix off. C'est sûr, ça fait un doubleur de moins à payer, hein.

Comme nous cherchons toujours la petite bête, nous avons déjà fait nos calculs quant au placement chronologique du spécial. Il n'y a aucune preuve que le spécial est canon ou pas. Les choses qui auraient pu nous le prouver (retour de Shinichi, rapprochement entre Ai et Ran, etc..) n'apparaissent finalement pas dans le spécial, donc on ne peut se fier qu'à peu de choses.

Voici les éléments que l'on a :

-Conan a la ceinture gonfle-ballons, donc après l'épisode 309.
-Conan a un téléphone tactile.


Le fait que Conan ait la ceinture gonfle-ballons ne nous avance pas tellement, c'est donc le fait qu'il ait un téléphone tactile que nous allons retenir. Nous pouvons voir son téléphone dans les tomes 70 et plus, et il a un téléphone à clavier. C'est à partir de l'enquête de Takagi kidnappé (''LA DISPARITION DE WATARU TAKAGI – LE JOUR LE PLUS INUTILE DE L'HISTOIRE''), qui commence à la fin du tome 76, que Conan a un téléphone tactile.

La Disparition de Conan Edogawa se passe donc dans le tome 75, ou après, n'importe où dans la trame. Nous ne pourrons pas définir un placement chronologique plus précis tant que des éléments du manga ne viendront pas délimiter une zone plus précise (Ran qui change de téléphone dans la file 980 par exemple, nous permettrait de caser le spécial entre le tome 75 et le tome de la file 980).

Ce qui pose problème cependant, est le fait que ni Masumi, ni Bourbon, n'apparaissent dans le spécial. Sachant que celui-ci se déroule forcément après la première apparition et de l'un et de l'autre, c'est compliqué de concevoir que Masumi, Okiya et Bourbon n'ait strictement rien fait en apprenant le kidnapping de Conan (alors qu'ils s'étaient tous mis en God-mode lorsque celui-ci s'était fait kidnappé dans La Nocturne des Détectives). M'enfin tant pis, ça correspond plutôt bien, donc soyons heureux. :p

Pour faire un petit bilan, on ne peut qu'applaudir ce spécial 20 ans. Alors que la plupart des personnes s'attendaient à quelque chose de bas ou de bizarre, le scénariste arrive à nous prouver le contraire pendant tout le spécial, en nous menant de bout en bout. Il n'y a certes aucune enquête comme dans le film 18, mais le fait que des personnages appréciés soient mis en avant nous le fait oublier. C'est un plaisir de voir Haibara enfin s'activer, et que Kogoro mène son enquête de son côté sans Conan. Le fait que le film ait une ambiance un peu différente de celle des films habituels dérange au départ, avant d'être appréciée. On regrettera quand-même les faux espoirs donnés par le titre et tout son potentiel gâché, ainsi que le fait que l'on ne revoit plus jamais les deux golfeurs du début du film (Qui sont-ils ? Ano Kata qui joue du golf?), alors que l'on aurait aimé en savoir plus. Un bon film, voire très bon, mais qui n'atteint pas tout son potentiel. 9/10. Légèrement moins bon que le film 18.