Article 82 : Comment Aoyama a construit Conan grâce à ses précédents mangas

 Un dessinateur ne créé pas ses plus grandes œuvres du premier coup.
Que ce soit Oda, Toriyama ou Tezuka, tous se sont servis de leurs précédents travaux, petites touches par petites touches, pour créer leur plus gros manga (respectivement, One Piece, Dragon Ball et Astroboy). Gosho ne déroge pas à cette tradition, et il suffit de lire les œuvres qu'il avait faites avant Détective Conan pour se rendre compte d'où viennent les bases de la série, quels concepts il réutilise régulièrement, et même quelles ficelles narratives il prévoit d'utiliser.

Notre but aujourd'hui sera de lire le plus d'œuvres créées par le maître avant et pendant Conan. Ch'est parti.

Gosho a commencé sa carrière en 1986 chez Shôgakukan avec un one-shot à succès, ''Attends-moi un peu'' (''Chotto mattete''). Le one-shot, court de trente pages, réussit à nous transporter immédiatement dans son univers, et il est impossible de ne pas voir certaines ressemblances avec Détective Conan.

Tout comme au début de Conan, l'intrigue principale tourne autour de l'âge et du rajeunissement/vieillissement du héros. Le héros est un jeune intello à lunettes ressemblant comme deux gouttes d'eau à Conan, la copine du héros ressemble fortement à Ran, et leur lycée a des airs de Teitan.

C'est là le tout premier one shot publié de Gosho, qui était extrêmement pauvre à l'époque. Et pourtant, la base de ses personnages est déjà là : l'archétype de tous ses futurs héros est là, et on peut voir dans Yutaka un brouillon pour Yaiba, Kaito et Conan. Le personnage de ce que deviendra Ran est encore en pleine construction, et elle évoluera au fur et à mesure de ses œuvres.

Il écrit ensuite ''Le Père Noël en été''. On retrouve une fois de plus un jeune héros brun à la coupe de cheveux inhabituelle, cette fois-ci nommé Keisuke, qui casse avec sa copine. Il rentre dans un homme qui provient d'une organisation secrète, et par mégarde, lui prend sa carte d'accès à la cabine téléphonique, et l'utilise. Seulement, la carte téléphonique est un fait un dispositif nucléaire par satellite, prévu pour détruire la Terre 24 heures après que Keisuke ait appelé sa copine.
Bien que le but de cet article n'est pas de faire la critique de ces chapitres (ça viendra un jour), on peut tout de même remarquer que le style du storytelling de Gosho s'est amélioré entre Chotto mattete et celui-là : l'humour est désormais présent, et se melle aux éléments plus graves. Exactement ce que l'on retrouvera au début de Détective Conan.
Le design de Keisuke rappelle Shinichi, An-An rappelle Ran, et, le moins prévisible, le chef de l'organisation fait penser à James Black.

Après ''Le Père Noël en été'', il y a une des short stories d'Aoyama les plus intéressantes, parce que l'on rentre directement dans ce qui a fait Conan : ''The Red Wandering Butterfly''.
Le personnage principal est un détective privé du nom de Yûsaku Kitakata, qui cherche sa femme, qui se surnomme 'The Red Wandering Butterfly''. Le design de Kitakata est quasiment le même que celui que Gôshô réutilisera quelques années plus tard pour le père de Shinichi, mais ce qui est intéressant à remarquer, c'est que le design final de Yukiko n'est pas encore du tout là. A la place, la femme de Yusaku est une femme qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Chikage Kuroba, la mère de Kaito.



Le maître a ensuite dessiné une petite série en trois épisodes, ''La Mini-Mini grande stratégie du détective George'', qui suit les aventures du détective George. Celui-ci ressemble énormément à Ginzo Nakamori, qui lui-même a été le prototype pour Kogorô. George a même son agence de détective dans un bâtiment de Tokyo, c'est dire si ce three shots a apporté les bases à Détective Conan.
En plus de ça, nous avons Asami, demoiselle en détresse qui est un mélange entre Aoko et Chikage, et une organisation d'hommes en noir. Autrement dit, ''La Mini-Mini grande stratégie du détective George'' est une des œuvres dans lesquelles Gôshô a le plus repompé pour faire DC.

Ensuite, ''Play It Again''. On retrouve les mêmes idées de ''Chotto Mattete'', dans les grandes lignes. On a le grand-père sage, Sanjûrô (que l'on ne retrouve nulle part ailleurs dans DC, bien que le personnage soit doublé par le doubleur de Megure), qui fait du kendo, ce qui a inspiré pour ''Yaiba, le petit samouraï''. Celui-ci a une petite fille, Michiko, qui a servi de modèle à Sayaka Mine de Yaiba. Qui elle-même a servi de modèle à Aoko. Qui a servi de modèle à Ran. Qui a servi de modèle à Yumi. Hm.
Après un combat avec sa petite-fille, le grand-père rajeuni, et retourne au lycée sans que personne ne sache qui il est. Il déjoue un complot d'un gang qui veut violer sa petite-fille (si, c'est dit dans l'histoire. Sisi.), et retrouve son âge normal. Une fois de plus, on retrouve l’obsession de Gôshô pour le changement d'âge et de forme de ses personnages (Yutaka, George, Sanjûrô, etc.).

Pour finir, nous pouvons parler aussi de Nonchalant Lupin, peut-être le meilleur one-shot d'Aoyama. Il faut aussi partie des plus longs, et a servi de prototype pour Magic Kaito (qu'Aoyama a commencé quelques mois après sous ordre des éditeurs). On suit l'histoire de Kaito Lupin, un magicien légèrement pervers, et d'Aoko Holmes, son amie d'enfance détective, et qui fait plus que ressembler à la Aoko de Magic Kaito. Elle a un père, l'inspecteur Holmes, un détective de police débrouillard, qui a donné dans Magic Kaito Nakamouri (et qui est basé sur le détective George). Aoko Holmes est mariée de force au fils d'un riche homme d'affaires, qui nous ferait d'ailleurs légèrement penser à Hakuba, et Kaito tente de l'en empêcher. Quasiment toutes les bases de Magic Kaito sont là, c'est presque si on pourrait regretter que Gosho ne l'ait pas continué. Vous pouvez le lire sur le blog du KP.

Magic Kaito fera l'objet d'une analyse en lui-même, étant donné que nous n'avons jamais parlé du contenu en lui-même du manga (a contrario de la série animée, que nous avons couverte en long, en large et en travers). Cependant, on peut parler de Yaiba, dont Magic Kaito a servi de terrain d'entraînement.

Bien que Yaiba tire pas mal de ses histoires dans divers mangas japonais en vogue à l'époque, dont Dragon Ball (dont il était le plus ''gros'' concurrent, 24 tomes contre 42, c'est pas mal), mais il a aussi donné plusieurs choses dans Conan.
Le design d'Haibara est pompé sur le design de la sœur de Yaiba. Gosho lui a fait des cheveux un peu plus courts et des yeux un peu plus neutres, mais le caractère énervé/frustré est resté le même. Conan est, comme l'a dit Gosho lui-même, ''Yaiba avec des cheveux lisses''. Le père de famille Mine est un mélange entre le Yusaku Kitaka originel et Ginzo Nakamori.

Nous n'allons pas parler du one-shot ''Tell Me a Lie'', fait en 2007, car il ne comporte que peu de ressemblances avec Détective Conan. Gosho réutilise le look d'Eri pour l'héroïne, et utilise le personnage du ''délinquant japonais méchant mais gentil de l'intérieur'' (cliquer ici), que l'on retrouve d'ailleurs dans le chapitre 922. Nous ferons un article spécialement centré sur le rapport entre Aoyama et le base-ball, étant donné qu'il a écrit le one-shot ''Excalibur'', ainsi que le manga Yonban Sâdo.

Pour conclure, on peut dire qu'Aoyama, et ce n'est pas nouveau, recycle les éléments de ses anciennes œuvres. Même si un long trajet a été fait de l'affaire de Yûsaku Kitakata, qui passe une dizaine de minutes à déduire que sa femme l'invite à aller voir Superman 4, aux affaires de Conan que l'on connaît de nos jours, on ne peut que remarquer que les fondations du manga Détective Conan, ainsi que de Magic Kaito et Yaiba, proviennent du passé d'Aoyama. Fondations encore mises en avant aujourd'hui, et qui donnent tout son charme aux œuvres du maître...