Détective Conan épisode 901 : Le SOS de l'avocate Kisaki

L’épisode 901 de Détective Conan est sorti le 12 mai 2018 et s’appelle « Le SOS de l’avocate Kisaki ».
Il est tiré des files 984 – 986 du manga (tome 93). Il est storyboardé par Umesaburô Sagawa.

Un soir, Ran presse Kogorô. Ils doivent partir au cinéma pour voir un film avec Eri Kisaki. La protagoniste du film est jouée par Yôko Okino, et le long-métrage raconte l’histoire d’un détective accusé à tort, qui est défendu par sa femme avocate. Comprenant que le film est en réalité adapté d’une histoire vraie dans laquelle Eri et lui avaient été impliqués, Kogorô n'a pas envie d’y aller.
Seulement, Ran reçoit un message d’aide d’Eri, qui dit avoir été kidnappée. Juste après, un autre message dit que le message précédent était une blague. Encore un autre affirme que ça n’en était pas une. Qui croire ?

Quelques heures plus tôt, Eri travaillait dans son cabinet d’avocate. Elle avait demandé à Midori, sa secrétaire, de lui apporter du jus de tomate et des sandwiches pour manger sur le pouce. Seulement, entendant un cri, elle se rend dans la pièce adjacente, et voit que Midori a été tazée. Elle échappe de justesse à un individu en lui faisant une prise de judo.


Conan 896

Mais un autre homme arrive par derrière, et la fait tomber dans les pommes. Ils la mettent dans une grande valise et s’enfuient.

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Eri se réveille dans la valise, transportée par les hommes dans un immeuble abandonné qui leur sert de repère. Profitant de l’absence d’un des deux hommes, elle fait couler du jus de tomate dans la valise pour faire croire que c’est du sang. L’homme ouvre la valise pour voir ce qu’il se passe, et elle le fait tomber dans les pommes en ouvrant en grand la valise.

Seulement, il n’y a aucune issue. Alors, elle se rend dans un bureau, et se souvient que Ran lui avait dit que lors d’une récente affaire, le coupable avait utilisé des tiroirs pour se cacher. Eri fait de même et réussit à ne pas se faire remarquer. Une conversation s’entame avec Ran et les coupables qui se font passer pour elle, mais elle réussit à prouver qui elle est en utilisant la virgule occidentale et non la virgule japonaise.

Conan appelle Eri, et écoute le temps que le son de la cloche met pour parvenir au téléphone. La vitesse du son étant de 340 mètres par seconde, et le son ayant mis trois secondes pour arriver dans l’ampli du téléphone, il en déduit qu’elle se trouve dans un rayon d’un kilomètre autour du clocher, dans un endroit d’où on ne peut pas voir la tour Tôto.
Mais en voyant la déduction impressionnante de Conan, Ran se doute de quelque chose, et remarque que Conan agit comme Shinichi…


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I – Graphiquement

L’épisode convainc sur le plan graphique, et ce grâce au choix des directeurs d’animation. Le directeur d’animation superviseur de Détective Conan est Seiji Muta, un des maîtres de la série. Seulement, celui-ci ne s'implique dans les épisodes que de façon relative : parfois, il dessinera plusieurs scènes magnifiques, et parfois, il ne touchera à quasiment aucune scène. Et contrairement à l'épisode 898, Muta s'est bien plus impliqué dans cet épisode. C’est grâce à lui et à sa patte graphique de qualité que l’épisode 901 a des scènes en traits noirs et des plans où les personnages sont très bien dessinés.


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Mais Muta n’est que le superviseur de l’épisode, ce qui signifie que, comme toujours (quoique plus que d'habitude), il n'a que peu touché à l'épisode. Le véritable directeur d’animation de l’épisode est Kenichi Ôtomo, dont nous avons déjà fait les louanges dans la critique de l'épisode 896. L’homme connaît bien les traits de la série, et maîtrise le dessin de la plupart des personnages. Avec une association du grand maître et de l’un des meilleurs directeurs d’animation, le rendu ne pouvait qu’être bon. L’épisode montre pendant quelques secondes Shinichi Kudô ; il est bien dessiné. L’affaire met en avant Eri Kisaki ; son design est respecté.

Cependant, et c’est étonnant, certains passages de l’épisode connaissent une chute de qualité telle que l’on ne ressent ni l’empreinte de Muta, ni celle d’Ôtomo. Etant donné que Muta a servi de superviseur, on peut se douter qu’Ôtomo devait originellement diriger toute l’animation lui-même, puis, n’ayant pas le temps lors de la production de l’épisode, a demandé à être épaulé par un ancien, ce qui expliquerait les quelques scènes aux dessins hasardeux. L’épisode n’est par conséquent pas représentatif de la qualité du dessin d’Ôtomo. Pour voir ce dont il est capable, préférez les épisodes précédents qu'il a dirigés.

La qualité du travail des animateurs-en-chefs font que l’épisode ne souffre pas du symptôme dont certains épisodes de Détective Conan souffrent, à savoir du détachement des personnages du décor. Le studio d’animation de la série n’anime que les personnages, sur un fond blanc ; après, le ou les studios qui dessinent les décors les envoient à l’équipe de production, qui insère les personnages dans les décors. Si aucune retouche n’est faite, les personnages auront l’air d’être totalement "en-dehors" des décors, et le rendu final paraîtra très artificiel.
Or, et c’est quelque chose que nous avions souligné dans la critique de l’épisode 896, certains animateurs-en-chef ont à cœur de s’assurer que les personnages s’insèrent bien dans les décors. C’est là le cas : rien ne choque l’œil, tout passe.

En termes de colorisation, l’épisode ne pêche presque pas. Certes, on peut critiquer certaines couleurs qui sont un peu trop flashies et fluo, mais un soin spécial a été apporté de sorte à ce qu’aucune couleur ne sorte du lot. Etant donné qu’une partie de l’épisode se déroule au moment où le soleil se couche, on a même droit à des couleurs chaudes qui illuminent l’agence de Kogorô. L’épisode est donc en grande majorité agréable à regarder.

Le plus gros point noir de l’épisode, graphiquement, consiste en l’utilisation du sang noir. Nous en avons déjà parlé dans précédentes critiques et des précédents articles, et nous ne le mentionnerons pas dans chaque critique. Cependant, le choix du sang noir dans cet épisode en particulier est mal venu.
Lorsqu’Eri se fait kidnapper, elle est mise dans une valise puis transportée dans un immeuble désaffecté. Pour s’échapper, il faut que le coupable ouvre la valise. Ainsi, Eri fait couler du jus de tomate pour faire croire au malfaiteur que c’est du sang, et forcer celui qui portait la valise à s’arrêter. Dans le manga, le liquide semble être du sang ; on croit pendant quelques dizaines de seconde qu’Eri a quelque chose, et une tension dramatique se créée.
Dans l'animé, rien de tout cela : comme le liquide est rouge, on peut deviner d’une manière détournée que c’est le jus de tomate, et non du vrai sang qui, lui, serait colorisé en noir. La même bêtise avait déjà été commise dans l’épisode 755, La Tragédie de la femme rouge

L’épisode est storyboardé par Umesaburô Sagawa. Comme toujours, Sagawa délivre un storyboard de qualité, qui convient parfaitement à Conan. Pas de tentatives d’originalité comme on avait pu le voir dans l’épisode 899, mais une utilisation solide de plans divers, permettant un visionnage sans heurts. Sagawa réussit un très bon storyboard car il permet de pallier les limitations du manga, comme nous l’avion expliqué dans la critique de l’épisode 896 : lorsqu’au début de l’épisode, Kogorô lit le synopsis du film qu’il va voir au cinéma, Sagawa a rajouté des petits personnages ressemblants à Kogorô et Eri en arrière-plan. Rien d’incroyable, mais cela est mieux que de simplement regarder pendant une minute Kogorô parler seul. (On pardonne donc le fait que l'épisode montre 15 marches entre le rez-de-chaussée et le premier étage de l’agence de Kogorô, contre 11 dans le manga)


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II – Scénaristiquement

Si l’Arc de Bourbon a enchaîné à certaines périodes des affaires banales et inintéressantes, l’Arc de Rum n’a, en version manga, quasiment que des enquêtes ayant un rapport avec la trame principale ou les trames secondaires, enrobées dans des affaires généralement intéressantes. Aoyama réussit ainsi à combiner une affaire assez intéressante, avec des petits bouts de trame.

L’affaire, tout d’abord, est inédite. Si Gôshô ne rechigne généralement pas à réutiliser certaines astuces de meurtre, l’utilisation des nouvelles technologies lui permet d’étendre les possibilités de kidnappings, meurtres et vols dans la série. En utilisant à profit le téléphone portable et les discussions de groupe, l’auteur nous délivre un meurtre frais, avec un personnage intéressant (Eri) comme enjeu. Contrairement à certaines affaires où la personne kidnappée ne fait rien, Eri fait partie intégrante de l’histoire : au lieu d’être passive, elle essaie de s’en sortir par elle-même, et, grâce à son inventivité, survit, jusqu’à ce que Super Kogorô vienne grimper à la gouttière.

En termes d’inventivité, on pourrait croire que le point noir de l’affaire est qu’Aoyama recycle un stratagème montré dans une affaire précédente, à savoir se cacher dans une armoire en faisant des contorsions derrière les tiroirs. Cela avait été critiqué par plusieurs lecteurs lors de la sortie du chapitre. Cependant, c’est quelque chose que nous avons apprécié : certes, il y a une réutilisation flagrante, mais grâce à cela Aoyama réussit à créer une sorte de continuité dans la série. Le manga, parfois, souffre du fait que les affaires semblent détachées les unes des autres, comme si l’on vivait un jour sans fin et sans progrès, sans continuité, sans conséquences. En faisant en sorte qu’Eri se souvienne que Ran lui avait raconté un stratagème d'une affaire dans laquelle elle avait été impliquée, Gôshô réinsère un élément de continuité bienvenu dans la série.

L’épisode s’est aussi permis quelques rajouts sympathiques qui enrichissent l’épisode.
Lorsque l’équipe de production décide que le prochain épisode sera un filler, elle sélectionne un scénariste qui est disponible. L'auteur envoie ensuite son scénario à l’équipe de production, qui le valide, et celle-ci l’envoie au storyboardeur, qui en fait un storyboard.
Or, l’affaire provient là du manga. Il n’y a donc pas de scénariste embauché. Celui qui décide de rajouter (ou de retirer) des éléments du manga est l’organisateur, qui n’a aucun rôle d'écriture à proprement parler lorsque l’épisode est un filler. Bien souvent, l’organisateur est la même personne que le storyboardeur. Dans le cas de l’épisode 901, c’est Umesaburô Sagawa. Et s'il est bon storyboardeur, Sagawa est aussi un bon organisateur.
Les différences entre le manga et l’adaptation animée sont faibles, mais présentes. Lorsqu’Eri est kidnappée, une scène absente du manga a été rajoutée, où Goro saute sur les coupables pour tenter de les arrêter. Ca ne modifie pas dramatiquement la trame de Détective Conan, donc c’est validé par l’équipe de production.
Il fut aussi décidé qu’Eri retire ses chaussures et reste en chaussettes pendant toute l’affaire, pour que les chaussures à talon de l’avocate ne fassent pas de bruit. Aoyama n’avait probablement pas pensé à cela en dessinant le manga ; c’est rectifié.
Une autre modification est la scène où Eri met K.O. un de ses geôliers, et tente de s’échapper du vieux garage. Dans le manga, elle essaie d’ouvrir le rideau du garage, puis de passer par la fenêtre. Dans l’animé, Eri commence tout simplement par essayer d’ouvrir la porte du garage, ce qu’elle ne fait pas dans le manga.

III – Bilan

L'épisode 901 est un épisode de qualité, qui montre ce que Conan peut nous offrir comme affaires intéressantes. Le dessin des visages est parfois hasardeux, et c’est dommage, étant donné que deux des meilleurs animateurs-en-chef se sont attelés à l’épisode. On distingue bien les scènes qu'ils ont supervisées ou corrigées, des scènes qui sont passées entre les mailles de leurs filets. Cela n’empêche pas l’épisode d’être agréable. Les décors sont magnifiques et mettent bien dans l’ambiance, un peu d’anciennes musiques, un scénario bon, une Eri Kisaki active, c'est très bien. 8,5/10.


Lire la critique de l'épisode 900 

Lire la critique de l'épisode 902