Les Fillers en 2000

Bonjour à tous et à toutes !
Nous nous retrouvons, une fois de plus, pour la critique des fillers année par année. Nous nous concentrerons aujourd'hui sur les fillers diffusés en l'an 2000.
Cela fait quatre ans que l'animé Détective Conan a commencé à être diffusé, et les dessins évoluent petit à petit pour se rapprocher plus du manga. Les principaux scénaristes de fillers qui avaient été choisis lors du lancement de la série sont encore là, mais de nouveaux scénaristes sont rajoutés petit à petit, et commencent, progressivement, à remplacer les anciens. Les fillers de l'an 2000 marquent-ils donc un tournant dans les fillers Détective Conan ?

Le premier filler de l'année 2000, sorti le 10 janvier, est l'épisode 175, L'Homme qui a été tué quatre fois. C'est le premier filler de Nobuo Ogizawa, un scénariste de fillers de, la plupart du temps, piètre qualité. Il est connu pour écrire des scénarios tirés par les cheveux ou étrange (on citera notamment l'affaire de l'OVNI, écrit de sa main).
L'épisode est intéressant non pas grâce au trick, le stratagème du meurtre, mais par le fait que, contrairement aux fillers habituels, les trois suspects essayent de faire croire qu'ils sont coupables, et tentent de prouver leur culpabilité. C'est un élément scénaristique que l'on retrouve assez rarement dans Conan, et qui a le mérite de rendre un épisode qui aurait pu être assez bof, intéressant. On remarquera tout de même, dans les points positifs, la mise en scène de l'épisode (Yokomizo qui raconte les dépositions des différents suspects). Bien menée mais lente dans son rythme, l'affaire nous ennuie à partir d'une dizaine de minutes, et l'on finit par décrocher. 5/10.

Quatre semaines plus tard est sorti l'épisode 179, Le Camion fou. On peut le classer dans la catégorie des affaires ''classiques'', dans le sens où, même s'il n'a pas eu de suite ou beaucoup de copies (contrairement à certains fillers de cette saison, qui seront copiés, copiés et recopiés les années qui suivront), il reste un classique à tous les niveaux.
Agasa invite les Détective Boys dans un restaurant. Un camion descend la route en pente, et s'encastre dans le restaurant, tuant au passage un homme qui s'était disputé avec un ami quelques minutes plus tôt.
Bien que le stratagème du meurtre soit quasiment évident, le scénariste, Satoshi Kitagawa, utilise le fait que le meurtre soit évident à son avantage, là où les scénaristes de fillers des années 2010 et plus rendront parfois l'affaire inutilement évidente, et donc ennuyeuse. On se retrouve avec un épisode intéressant, à l'ambiance sympathique, et qui nous fait sortir de la monotonie des fillers actuels. 7/10, à voir absolument en temps que fan de Détective Conan.

L'épisode 179 a commencé une boucle de fillers : tous les épisodes de février à avril, à savoir les épisodes 179 à 187, étaient des fillers... et les épisodes 180 et 181 sont la première affaire filler en deux parties de l'année.
La Chanson maléfique était le premier essai d'un nouveau scénariste, Chiaki Hashiba, aux fillers Conan. Pour commencer de façon soft, celui-ci a écrit un filler simple, mais plaisant en même temps, en superposant deux affaires. Alors que l'on croit vers la fin de l'épisode 180 que l'affaire est finie, un rebondissement vient troubler les réjouissances, et une personne est retrouvée morte dans le manoir dans lequel Kogorô enquête. L'affaire prend des airs d'affaire du manga dans sa partie deux, et on regrette seulement que l'affaire ne soit pas en trois parties. Un précurseur de l'affaire du Manoir du vampire. 6/10, quatre points de retirés pour la mauvaise gestion du rythme de l'affaire.

La semaine suivant est sorti le filler ''La Grosse enquête des neufs portes''. Connu pour être un des rares fillers des épisodes 100 à 200 à faire apparaître Haibara (à une époque où la production de l'animé était encore assez frileuse à l'idée de faire apparaître le personnage d'Haibara, qui était au centre de l'intrigue de la série), celle-ci est un des épisodes qui va définir ce que pourront être les fillers avec les Détective Boys pour les années à venir : après l'école, les Détective Boys se promènent dans Tôkyô, et tombent sur un quelque chose qui peut faire penser à un kidnapping.
En plus d'être bien rythmée, l'affaire aurait pu être tirée du manga. Bien que son enquête ne soit pas formidable (pour ne pas dire superficielle), deux éléments nous font oublier les défauts de l'épisode : non-seulement son ambiance est digne du manga et nous transpose totalement dans l'univers de Détective Conan pré-Arc de Kir (grâce aux interactions entre Haibara et Conan, qui posent un peu des fondations de ce que seront les fanfictions Conan x Haibara), mais en plus, il est écrit comme un vrai, bon filler. L'enquête est progressive, il y a deux éléments perturbateurs, et une résolution parfaite pour un filler. 7,25/10, à voir.

Episode 183 : Recette dangereuse. Alors que les Détective Boys s'ennuient fortement (pas assez de meurtres, probablement?), ils passent au supermarché, et ramassent des tickets de caisse pour deviner ce que les propriétaires du ticket mangeront au repas. Genta lit un ticket sur lequel sont écrits des objets étranges qui pourraient être utilisés pour un meurtre ou un suicide (comme du chlorure), et Conan décide d'enquêter. En fin d'après-midi, après avoir fait le tour de plusieurs magasins, les Détective Boys réussissent à retrouver le coupable, avant qu'il ne commette son crime.
L'épisode est basique. L'enquête de l'épisode est simplette. Les personnages ont des dynamiques communes. Mais même avec ces trois boulets au pied, l'épisode réussit à être très bon, parce que le scénariste, Kôchi, maîtrise son élément, et arrive à faire évoluer les personnages avec un rythme parfait, des bonnes répliques, et une immersion totale dans l'affaire. Une preuve qu'il ne faut pas obligatoirement un stratagème de meurtre parfait pour faire un très bon filler. 7,25/10.

Et après un bon filler, et on se retrouve avec le premier filler d'une heure de l'année, écrit par Hirohito Ochi, une valeur sûre parmi les scénaristes de Conan. Il fait partie de la dizaine de scénaristes qui ont participé à la création de l'animé, et qui ont eu le quasi-monopole des fillers Détective Conan durant les cinq premières années de l'animé. L'autoriser à faire un filler d'une heure était une excellente idée, étant donné qu'il fait partie des scénaristes qui font généralement de bons fillers avec des très bonnes idées, mais où la qualité de l'affaire baisse parce qu'ils n'ont pas assez de place pour faire leur scénario. Et ça tombe bien, l'épisode 184, Le Masque maudit rit lentement, est très bon.
Mélangeant un déroulement que l'on trouve dans les meilleures affaires du manga, où l'intrigue se déroule dans un manoir éloigné de la civilisation, mais en insérant aussi dans l'histoire des éléments propres aux fillers, on visionne un filler de 45 minutes de durée, avec un rythme intéressant, une Ran entre l'utile et le sympathique, et une affaire bien cherchée et qui, même si on a l'impression de l'avoir déjà vue, pose les bases de ce qu'on verra dans les fillers qui se passent dans des manoirs éloignés. 7,5/10.

Et après le premier filler d'une heure de l'année on été diffusés les épisodes 185 et 186, ''Meurtre d'un célèbre détective''.
Kogorô se rend à un hôtel en voiture avec Ran et Conan, dans lequel ils retrouvent l'équipe de tournage d'une série populaire, Urban Hunter, dont l'acteur principal est retrouvé mort à l'autre bout de l'hôtel, avec très peu de preuves pour prouver l'identité du coupable. Quoiqu'un peu basique, l'affaire reste très bonne, grâce au rythme du scénario, l'inventivité dont a fait preuve Chiaki Hashiba dans le déroulement de l'histoire, et à l'OST, parfaite. Un exemple pour les fillers en deux parties. 7,5/10.

L'épisode suivant est l'épisode 187, ''Coup de feu dans la nuit''.
Une fois de plus, Kogorô est invité par un client fortuné, une présidente d'une compagnie de finance, et qui se fait tuer dans sa maison. Les suspects sont les héritiers de la victime ainsi que la femme de compagnie, et Conan doit enquêter tout en ayant la police et Megure sur le dos. Même si l'affaire est basique, on apprécie l'apparition de Chiba et de Tome, qui n'apparaissent plus assez de nos jours. 5,5/10, à passer.

Et heureusement, après la petite déception de l'épisode 187, on retourne sur de la très bonne qualité, si typique des premières années de l'animé Détective Conan. L'épisode 196 est un pilier, un œuvre d'art, dans les fillers Détective Conan. L'un des meilleurs en terme de valeur, il est de ces épisodes à voir absolument pour avoir une culture Détective Conan.
Un jour, Sonoko et Ran rencontrent une femme, endormie au volant, et finissent par devenir amies avec elle et son mari. Seulement, l'instinct de Ran lui dit que le mari a un comportement étrange, et, suivant le chemin de Shinichi, décide d'enquêter. Après s'être faite grondée par son père, Conan lui remonte le moral en lui disant qu'il a confiance en elle, et celle-ci repart à la chasse aux indices. Fermez cette page et allez le voir tout de suite. 8,5/10, Kôchi, merci.

La semaine suivante est sortie la première, puis deuxième partie, d'un filler en deux parties : Le Piège de la super-voiture.
Kogorô est invité à une exposition de voitures de luxes, et amène Ran et Conan avec lui. Ils rencontrent le propriétaire de l'exposition, qui est très rapidement tué à bord de la voiture de collection à laquelle il tenait le plus. Conan cherche un conteneur à poison, mais il n'y en a aucun dans les parages. Toute l'enquête de ces deux épisodes tourne autour de la question du réceptacle du poison qui, même s'il n'est pas inédit (→ utilisé un épisode avant), fait toujours plaisir à voir. Simplet et pas génial-génial, tout en restant assez bon. 6,75/10, pour le manque d'inventivité.

Et après une toute petite chute dans la qualité des fillers, on retrouve une affaire en deux parties bien plus intéressante dans les épisodes 201 et 202, ''Le Dixième passager''.
Ici, on retrouve un schéma typique d'une affaire en deux parties très bien élaborée et qui a fait le succès des fillers de Détective Conan par le passé : en plus de simplement mettre en avant une affaire de meurtre que Conan rencontre par hasard en marchant dans la rue, nous assistons aux vacances de Kogorô et Ran. Au lieu de faire une affaire simplette dans un manoir lugubre, l'affaire se déroule dans plusieurs lieux différentes, sur plusieurs jours : en plus de l'élément déclencheur, les développements de l'histoire sont très intéressants, et le coupable, ainsi que le climax de l'affaire lorsque Conan tente d'arrêter un bus, sont mémorables. Pas mythique mais très bon. 7,5/10.

Une fois de plus, les épisodes 203 et 204, ''Les Ailes noires d'Icare'', mettent en scène Kogorô, Ran et Conan, dans un hôtel paumé en pleine montagne. Même si l'on ressent un certain essoufflement d'inspiration (le nombre exorbitant de fillers dans la saison 2000 n'aidant pas forcément), la qualité générale de l'affaire et de la structure de l'épisode, avec le retour des employées Shimasa, créant une continuité inter-fillers, ainsi que la qualité de l'ambiance dûe au meurtre, au stratagème du meurtre, et au rythme de l'affaire, permettent de nous le faire oublier. 7,25/10.




L'épisode 207 marque une petite pause dans les fillers en deux parties, et permettent de nous concentrer à nouveau sur des affaires plus basiques, et plus proches de Tôkyô.
Ecrit par Nobuo Ogizawa, qui continue dans sa lancée des fillers étranges, l'affaire est une ''slice of life'', c'est-à-dire qu'elle raconte une tranche de la vie des Mouri. Ran et Conan ramènent Kogorô à la maison, lorsque ceux-ci entendent deux personnes se disputer. Le lendemain, en retournant à la maison en question pour avoir des nouvelles, les protagonistes apprennent qu'un des deux hommes est mort hier soir, juste après le départ de Kogorô, Conan et Ran.
Un des deux hommes va voir Kogorô pour le supplier de prouver qu'il est innocent, et le cœur de l'enquête se situe dans la dualité de l'enquête de Conan, en parallèle au fait que Kogorô doit trouver des indices pour prouver l'innocence de son client. Un affaire bonne, quoiqu'un peu prévisible. 7/10.

L'épisode de la semaine suivante, le 208, est un des chefs d'œuvres des 250 premiers épisodes de la série. Spécial d'une heure, et dernier filler de Chika Hashiba (dont le premier filler était l'épisode 179), celui-ci raconte un voyage de Kogorô, Ran et Conan dans un village où vient d'être construit une télécabine, dans une montagne censée être sacrée. Alors qu'ils sont à la cérémonie d'ouverture, dans la télécabine, avec le fondateur de la compagnie, celui-ci disparaît, et le tueur laisse une note sur laquelle est écrite que la malédiction a frappé. Le corps de la victime se retrouve téléportée immédiatement sur le sommet de la montagne sacrée par dessus laquelle la télécabine a été construit. Conan doit enquêter sur le meurtre et la téléportation du corps du président le plus rapidement possible, avant que les preuves ne disparaissent...
Et après quelques bons fillers, Hashiba finit son année en apothéose. Un meurtre excellent, une affaire très bonne digne du manga, des personnages intéressants et un décor magnifique, nous avons droit à un vrai, très bon épisode. 8,25/10.

Et après un épisode excellent, on se retrouve avec l'épisode 209, La Chute du mont Ryûjin, qui met en scène les Détective Boys. Et contrairement à beaucoup d'épisodes qui vont suivre, ''affaire avec les Détective Boys'' ne signifie pas (encore) ''mauvais épisode filler''. Effectivement, on retrouve dans ce filler tout ce qui fait que l'on peut aimer, pour une fois, les détectives en culotte courte. L'affaire est bien menée, et le rythme est intéressant. L'humour est présent, et les décors sont très bien dessinés (accompagnés d'une bande-sonore irréprochable, comme dans la totalité des épisodes de cette époque). Même si on regrettera un peu du potentiel gâché par le climax du film, où l'on aurait aimé voir Conan faire une cascade comme dans les films récents, le filler reste très bien, et cela fait plaisir de voir les Détective Boys réussir à décoder un code sans Conan. 7,75/10.

Les épisodes 210 et 211, ''Le Palais d'eau des cinq couleurs'', sont le successeur spirituel des épisodes 209 et 208. Alors que l'on aurait pu s'attendre à une pâle copie d'anciens épisodes, étant donné que l'on a pu sentir un léger essoufflement d'inspiration lors de certains des épisodes précédents, il n'en est rien : Takeshi Mochizuki, qui signe là son troisième filler pour la série, réussit à rendre intéressant une affaire qui avait beaucoup pour être ennuyeuse. Kogorô, Conan et Ran sont envoyés à la place du président Suzuki à boire un thé dans la maison de la famille Aonogi, lorsque le père de maison est retrouvé mort, pendu dans son jardin. L'enquête est bien menée, et même si le stratagème du meurtre laisse à désirer, le spectateur est prêt à oublier ce petit bémol grâce à la qualité du rythme des deux épisodes, sa bande-son, et ses superbes dessins. 7/10.

L'avant dernière affaire filler de l'année est l'épisode 214, ''Le Mystère de la Chambre Retro", qui marque le tout dernier filler de Takeshi Mochizuki. On suit Kogoro, Ran et Conan, qui rencontrent un après-midi des jeunes femmes, qui s'apprêtent à aller à Dophin Land. Passant chez une amie des trois jeunes femmes, les protagonistes se rendent compte que celle-ci est morte, et appellent la police. Tout le stratagème du meurtre est basé sur le temps que met une télévision payante à s'éteindre lorsque l'on y insère des pièces, et, quoique l'affaire est un peu basique, l'atmosphère générale de l'épisode réussit à nous le faire oublier. Un épisode qui aurait pu être bien meilleur, et au potentiel mal maîtrisé. 5,75/10.

Et la dernière affaire filler de l'année est celle de la Baie de la Revanche, soit les épisodes 215 et 216. Très inspiré, ce filler aurait presque pu être tiré du manga : Kogorô est invité dans une famille d'avocats avec qui il a fait connaissance précédemment, mais découvre que la famille est déchirée par des conflits d'intérêts avec ses descendants. Le père de famille est assassiné et, une fois de plus, Kogorô et Conan mènent l'enquête. Un peu classique tout en restant acceptable, on ne peut que critiquer l'effet de déjà-vu que l'on ressent en regardant les deux épisodes. 7/10.

Comme nous pouvons le voir suite à la critique de tous ces fillers, les épisodes originaux de l'animé Détective Conan n'ont pas manqué en l'an 2000. Celui-ci marque un certain tournant dans la série, mais un tournant progressif : alors que tous les fillers avaient tendance à être des classiques ou être très bons durant les années précédentes, on commence à sentir les marques d'une certaine répétition dans les schémas des épisodes, et on commence à pouvoir ranger les affaires dans des ''catégories'' (→ ''Affaire où Kogorô, Conan et Ran sont paumés en voiture'', ''Affaire dans Tôkyô après les cours'', etc.). Les épisodes restent tout de même généralement très bons, et quelques uns d'entre eux sont des perles.