LLK #3 : Le skateboard de Conan, merveille de la technologie ou fantasme du manga ?

Le skateboard de Conan, les petits, les gros, les à réacteur au plutonium, les à plus de 88 miles à l’heure, les tout ce que vous voulez.


Bonjour et bienvenue pour la troisième fois dans mon laboratoire, installé dans la cave du Kudo Project! Enfin, pas réellement dans mon laboratoire, cette fois-ci. Nous aurons pour cet article besoin d’un peu plus d’espace, ainsi donc c’est sous le bon air frais de la fin janvier que nous vous accueillons cette fois-ci, en plein air ! En effet, puisqu’il s’agit de skateboards, quoi de mieux que d’étudier tout ça sur le terrain ? Eh oui, finie la théorie, nous passerons à la pratique pour cette fois ! Et j’ai même l’honneur d’être assistée dans cet article sur les skateboards par son concepteur-même, le professeur Agasa ! On l’applaudit bien fort. o/


Bref. Vous le connaissez tous, vous fans de DC, qui attendez chaque année à la même période l’arrivée du prochain film, avec toujours plus d’acrobaties toutes plus extraordinaires (et ayant un semblant de MK1412 parisien dans l’air au vu des temps de vol à faire tourner la Terre autour de la Lune — et autour de la tombe de Newton en passant), avec toujours plus d’action, de suspects, d’enquêtes bien menées, de scénarios nous époustouflant de génie et de cohérence du début à la fin (koukou film 14, je te vois :D), dans douze films sur 19 (en comptant Lupin III vs DC, siouplé) il y aura quasiment toujours eu au moins une scène dans laquelle Conan utilise son skateboard, et il y aura même eu des films où des améliorations ou de nouvelles versions du skateboard apparaissent. Que ce soit pour poursuivre un criminel, pour fuir ou tout simplement pour se déplacer plus rapidement, la production Détective Conan a toujours exploité au maximum ce gadget extraordinaire qu’est un moyen de locomotion rapide et efficace devenu aujourd’hui le symbole par excellence du God-mode de Conan dans les films, gadget stupéfiant qui apparait dans pas moins de 19 openings, 3 OAV, un ending, utilisé encore et toujours dans toujours plus d’affiches, toujours plus de pubs, dans plein de versions différentes d’un Conan qui prend une pose classe dessus pour s’apprêter à briser le quatrième mur et nous rentrer en pleine figure, en bref, le skateboard est vraiment devenu aujourd’hui un incontournable de la série. Et pour preuve, Gosho s’en est servi dans le manga…
....

Deux fois. 


Eeeeh oui. Surprenant, n’est-ce pas ? Enfin, cette nouvelle aurait tout de même été moins choquante que d’autres, hein, la production DC a tout de même fait le bon choix en exploitant surtout un tel gadget, même s’il est négligé par l’auteur originel de la série (ce qui est dommage). Ça m’aurait quand même moins surprise que si le gadget le plus utilisé dans les films était le fax-bento, par exemple. Quoique, lors d’un naufrage, c’est toujours bon d’avoir un panier-repas sous la main. :p

Mais cessons donc là cette digression. Le skateboard, invention numéro sept dans l’inventaire des gadgets de Conan, est très connu des fans et son design si particulier serait reconnaissable entre mille, malgré son faible nombre d’apparitions canoniques. Et là est donc le sujet de cet article : ce skateboard est-il réalisable ?

Ma réponse est la suivante :


La première question que vous allez me poser est bien évidemment en quoi ce gadget aussi génial, qui fait frémir d’excitation le spectateur chaque fois que Conan l’utilise et commence à décoller, serait irréalisable dans le monde réel. Quoique, vous connaissez déjà la réponse à cette question : encore de la physique avec des calculs chelous, avec des histoires d’équations du 4869e degré, parce qu’il décolle, justement, et il devrait pas, ou il ne devrait pas être capable de faire un triple salto arrière ou je-ne-sais-trop-quoi. Haha.


C’est du moins ce que vous vous attendiez tous à ce que je vous dise, n’est-ce pas ? Tout faux. Là, je n’ai rien à vous dire dessus. Eh oui. Vu qu’on sait déjà par avance que c’est impossible et qu’il vous faudrait simplement reprendre et adapter un peu les équations du premier article pour retomber sur des résultats tout aussi aberrants, ça ne servirait à rien que je me répète ici en prétextant que ce n’est pas le même problème tout simplement parce que l’article porte un titre différent. Alors je vais vous épargner les équations horaires pour cette fois-ci, vous en avez suffisamment bavé lors du premier article. Et croyez-moi, y’a de quoi en dire des tartines même si on ferme les yeux sur les pirouettes acrobatiques de Conan qui font tourner le monde autour de la Lune. 

Et c’est par une incohérence bien simple que je vais commencer. Ce qui fait avant tout du skateboard une aberration de la nature à coup sûr, c’est un problème bien plus simple : sa taille.

En effet, commençons par un souci aussi simple que celui-là, et constatons bien à quel point cette aberration est flagrante, ne serait-ce qu’en considérant que son épisode d’apparition dans l’anime :



Comme on peut le constater, il est désormais évident que nous soyons face à un problème de taille, sans vouloir faire de mauvais jeu de mot. Il est aisément concevable que le modèle (et donc la taille) du skateboard puisse changer d’un épisode à l’autre (d’autant plus que ce qui arrive au skateboard de Conan à la fin de sa toute première apparition, c’est-à-dire se faire littéralement pulvériser contre une voiture, semble appuyer cette théorie), mais il est bien évidemment bien plus complexe d’imaginer que la taille du skateboard puisse changer ainsi sans raison, en l’espace de vingt-cinq secondes, sans bouger d’un millimètre. Donc bon, franchement sur ce point, faudra m’expliquer comment on peut faire un tel miracle. 


Bien, bien. Donc considérons alors que ce problème majeur est en réalité indépendant de Gosho et que le problème de taille dépend tout simplement des graphismes de l’époque. Notre cher professeur est-il pour autant lavé de tout soupçon ? Non, loin de là. Si c’était le seul souci du skateboard, cet article n’aurait pas fait long feu. Et croyez-moi, je suis loin d’en avoir fini.

Ainsi donc, je vais vous montrer où est la prochaine erreur, la plus impardonnable. Je vais demander pour cela à Conan de monter sur le skateboard pour rendre cette incohérence plus évidente…



Et alors ? Où est l’incohérence, hein ? Vous ne voyez rien de bizarre, je suppose, et c’est normal. Il vous manque une petite information pour tout comprendre, et cette information je vous la donne tout de suite, sachant qu’elle est tirée de l’introduction du film 5 :


Eh oui. Et le panneau solaire, alors, on en fait quoi ? Certes, à partir de sa seconde apparition, le skateboard est doté de batteries lui permettant de fonctionner même de nuit (quoique, au vu de l’utilisation que Conan en fait, elle doit être bien pleine, ce qui me semble assez douteux ). Mais à sa toute première apparition dans les files 81 à 83… Vous vous souvenez bien du moment fatidique où, au moment même où le Soleil se couche, le skateboard perd petit à petit en vitesse et en puissance par manque d’énergie.

Et où est donc le problème alors ? Eh bien, je vais vous le montrer tout de suite.


Et ce n’est pas fini ! Sachant qu’un bon panneau solaire a un rendement compris entre seulement 15 et 30% au mieux, on comprend facilement qu’au coucher du soleil, alors que ce dernier est au plus bas, que le skateboard roule et zigzague entre les passants et les murs dans l’ombre des hauts bâtiments de Beika, avec en plus l’équivalent de quatre gamins dessus (que voulez-vous, Genta compte pour le double), franchement faudra m’expliquer comment vous pouvez avoir un engin aussi efficace alors que la nature est tant contre vous.

Regardons juste un peu les chiffres : 36% du panneau solaire sont utilisables. Au crépuscule, le rendement est d’autant plus faible, donc toute cette surface aura un rendement de, allez soyons très gentils, 15%. Ça nous donne un rendement total de 5,4%. Pas énorme, hein. Et encore, voyons réellement ce qu’on peut en tirer niveau énergie : sachant qu’un panneau solaire d’un mètre carré nous pond 100 kWh par an en moyenne, alors logiquement un panneau de 1400 cm² = 0,14 m² récupère une énergie de 140 Wh en un an, soit en une heure environ 0,01597 Wh. Ce chiffre ne vous dit rien et c’est normal, mais même si vous vous doutez bien que ça n’a pas l’air d’en faire des masses d’énergie, je vais vous donner une petite idée de ce à quoi ça correspond : en gros, même après une heure d’exposition sans utilisation, y’a même pas de quoi allumer une lampe basse consommation. Alors soit le skateboard de Conan peut avoir une puissance inférieure à 0,001 Watt et être en mesure de fonctionner avec une tension et une intensité ridiculement faibles, soit faudra qu’on m’explique. 


Enfin, amusons-nous encore un peu, tant qu’on en est à parler d’impossible. Sortons du canon pour quelque temps, car en reprenant l’erreur de la taille, on peut voir que les inventions de notre cher professeur ne se sont finalement pas qu’améliorées avec le temps. Prenons l’exemple du skateboard du début du film Lupin III vs DC : j’offre un curry à la sauce spéciale Okiya à qui m’expliquera convenablement comment il peut être possible de caser des roues épaisses de cinq centimètres dans l’épaisseur d’une planche de surf qui en fait deux à trois maximum.


Enfin, vu que ce n’est pas canon, on ne va pas s’attarder là-dessus, parce qu’il nous reste encore des anomalies bien réelles et parfaitement canoniques à exploiter.


Cette fois-ci, on va donc reprendre les expériences, et nous servir du terrain. On a une bonne route droite bien lisse et bien longue qu’on va pouvoir utiliser ici pour un petit test… En appliquant les lois réelles de la physique, cette fois, et non celles du manga.


Il devient donc difficile de concevoir comment il pourrait rouler sur l’autoroute ou poursuivre des bolides comme si de rien n’était, dans ces conditions. Alors franchement, là, ça fait beaucoup trop de points d’ombre. Comment le skateboard de Conan peut-il rouler ? Comment peut-il atteindre de telles vitesses ? Comment Conan peut-il s’assurer une adhérence à la planche telle qu’il puisse rouler normalement en ne subissant que faiblement (= de façon à ce que ça le rende classe avec les cheveux virevoltant sauvagement dans le vent et une musique badass derrière) les effets redoutables de la traînée et des frottements de l’air ? Il y a vraiment quelque chose de pas net autour de cet engin, et je compte bien le mettre en lumière…


Ouais. Ça m’a pas l’air très écolo, tout ça. ಠ_ಠ

Quoiqu’il en soit, désolée Professeur, mais visiblement le skateboard va avoir besoin de quelques réparations avant de pouvoir revenir sur le devant de la scène.

Enfin bref. Puisqu’il n’est pas possible d’analyser le moteur lui-même, tentons alors de déterminer son influence sur l’environnement ! Prenons l’exemple du début de Lupin III vs Détective Conan : Le Film, où Conan shoote dans un de ses ballons tout en étant sur le skateboard nouvellement créé juste pour le film. Je suppose qu’il a été réparé depuis, alors nous allons pouvoir étudier cette scène, et déterminer la vitesse du ballon qui en sort. Après tout, le ballon a quand même réussi à déstabiliser la voiture de Lupin, c’est-à-dire dévier de sa trajectoire un objet pesant au moins une tonne, c’est quand même pas rien.

Et pour une fois, ça a l’air déjà abordable comme résultat. Déjà sans vitesse initiale, en supposant que les tirs de Conan sont similaires aux tirs moyens lors d’un pénalty (c’est-à-dire une vitesse de 120 km/h en moyenne, quand même), ça revient à balancer au criminel un poids de 170 kg dans la nuque. Donc bon, pas étonnant que les cibles reçoivent assez mal de tels tirs quand elles n’y sont pas préparées. Franchement, je plains ceux qui se les prennent, ça doit pas être bien agréable. :p

Enfin bref. Commençons donc l’expérience !


… J’avais besoin d’aller voir mon opticien, de toute façon.


Enfin bref. De ce que j’arrive à lire sur le bloc-notes du professeur, donc, voilà nos données à partir de la scène de course-poursuite au début du film : le skateboard en lui-même parcourt une distance de 10 m en l’espace de 0,50 s (l’a de bons réflexes pour avoir réussi à chronométrer ça, dites donc :p), ce qui lui donne une vitesse de 20 m/s, soit 72 km/h et donc 44,7 miles par heure. On est encore loin des 88 miles à l’heure nécessaires pour mettre le convecteur temporel en marche, mais bon, c’est quand même pas mal. Et ça mérite contravention, déjà, puisqu’il est interdit de dépasser les 50 km/h en ville. 8D

D’un autre côté, le ballon est lancé par Conan à une vitesse approchant en réalité les 180 km/h, puisque le ballon peut traverser une salle de 5 m de long en un dixième de seconde. Le record de vitesse d’un penalty est de 184 km/h, donc franchement on n’en est pas loin, là. Et vu que ça fait 111,87 miles par heure, il suffirait donc de coller au ballon un petit convecteur temporel et zouf, plus rien à part de jolies étincelles et une belle traînée de flammes :p

Ce qui nous donne donc une vitesse totale de 72+180 = 252 km/h. Pas mal, et on comprend mieux pourquoi même une voiture pesant plus d’une tonne ne résiste pas face au choc d’un objet volant non identifié fusant vers elle avec la même force que si elle se prenait l’équivalent d’un poids de plus de 300 kg, en considérant que le ballon de foot à l’origine pèse dans les 450 g.

Mais d’un autre côté, ça n’explique toujours pas comment Conan a pu rester sur son skateboard alors que la vitesse de ce dernier était de 72 km/h. Franchement… ಠ_ಠ


Enfin, peu importe. Visiblement, le mystère du skateboard de Conan demeurera entier encore longtemps, car cet article n’a plus rien à dire ici à ce propos. On pourrait se demander pourquoi les frottements du skateboard contre la route ne produiraient pas un échauffement suffisant pour faire fondre le plastique des roues malgré la vitesse (quelques petites centaines de degrés suffisent amplement, alors bon !), on pourrait chercher à déterminer le poids que Conan devrait avoir pour être physiquement capable de rester en place sur sa planche avec suffisamment d’adhérence pour pouvoir rouler tranquille sur l’autoroute, on pourrait chercher à déterminer la composition exacte du moteur, mais cet article dépasserait alors facilement la vingtaine de pages. Ainsi, il est donc déjà temps de vous quitter, amis scientifiques !




Non, je ne ferai pas de commentaire. Non non. 

Bref. Pour conclure cet article, le skateboard défie très certainement les lois classiques de la physique, mais il ne faut pas oublier non plus qu’il s’agit avant tout d’un appareil majoritairement non canon. Et que donc dans la plupart des cas, l’erreur ne provient aucunement de Gosho, en fin de compte…


Au karaoké, hm. Ça me donne une idée pour le prochain LLK, tiens…

— Fin de l’article.